De la Picardie à la Beauce – Louis Auguste Triomphant PECQUEUX, l’ancêtre Belge

Ma grand-mère m’a souvent dit que ses ancêtres paternels étaient originaires de Belgique. Qui, où, quand, comment, pourquoi? Aucune réponse, cela tient davantage à la légende famille que l’on se transmet de génération en génération. Un peu d’exotisme dans la famille, ça marque toujours plus les esprits. Je suis donc partie à la recherche de ces  aïeux venus du Plat Pays.

Générations après générations jusqu’au début du XVIIIe rien, aucune trace ni du côté maternel, ni du côté paternel de mon arrière-grand-père. Tout le monde est né, a vécu et est décédé en Beauce, tous sauf… Adélaïde Apolline PECQUEUX née en Picardie en 1826 et arrivée en Beauce à l’adolescence.

Finalement si c’était elle, l’ancêtre belge ? Un accent différent, quelques jours de routes et voilà que la Picardie devient la Belgique dans l’esprit du Beauceron bourru ! Comme quoi les légendes familiales ne tiennent pas à grand-chose.

Si Adéläide Appoline a fait sa vie aux frontières de la Beauce et de l’Hurepoix à Sainte-Mesme dans les actuelles Yvelines, c’est son père Louis Auguste Triomphant qui est arrivé le premier.

Dans mes recherches sur les « Venus d’Ailleurs », je tente de retracer et comprendre la vie de ses ancêtres partis de leur région natale pour venir s’installer en Beauce, Louis Auguste Triomphant PECQUEUX est l’un d’eux. On l’appellera désormais Triomphant, vous voyez un peu comme l’homme venu conquérir une région (bien que son prénom usuel semble plutôt être Louis Auguste). Retracer sa vie, connaître les raisons qui l’ont poussé à quitter sa Picardie natale et à venir s’installer dans le Grenier à Blé de la France. Pour cela il a fallu croiser les sources, les mettre en relations pour y trouver des réponses, élargir les champs de recherches et ne pas se cantonner seulement aux registres d’État-Civil. C’est ainsi que j’ai pu retracer de sa vie, une vie en trois temps.

En guise de préambule, la ligne de vie de Triomphant PECQUEUX dressée au fur et à mesure des recherches et qui s’avère un outil, sinon indispensable, d’une grande clarté et bien synthétique (3).

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Ligne de vie de Louis Auguste Triomphant PECQUEUX

On appréhende ainsi mieux les événements, les absences et permet de se poser de nombreuses questions.

1. 1800-1836 – Le Picard

Triomphant, donc, est né en 1800 à Vaire-sous-Corbie, il est le fils unique (jusqu’à preuve du contraire) de Pierre, tisserand et d’Appoline MARESELLE, fileuse de laine.

Vaire est situé à l’est d’Amiens, le long du canal de la Somme, dans une région où une grande partie de la population vit du travail de la laine, du tissage de toile et de la fabrication de toutes sortes d’articles de bonneterie (1) et plus particulièrement de bas.

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Carte de Cassini – Région de Corbie

La famille de Triomphant en est un bon exemple, chaque génération a son lot de fileuses et de fabricants ou faiseurs de bas.

Il se marie en 1824 avec Caroline LEFÈBVRE, fille d’un gros fermier du village voisin. De cette union, que l’on espère heureuse, naissent trois enfants : Édouard Hyacinthe en 1825, Adélaïde Appoline en 1826 et Marie Léocadie en 1829.

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Descendance PECQUEUX-LEFÈBVRE

Jusqu’à là, rien de notable dans la vie de cette famille, en tout cas rien qui n’est révélée par les différentes archives à notre disposition. Celles-ci nous indique que Triomphant est tantôt fabricant de bas, tantôt commerçant. Commerçant, oui mais de quoi ? Fait-il le commerce dans le secteur de la bonneterie ? A-t-il son affaire ou travaille-t-il pour un « grossiste » ?

Triomphant semble jouir d’une situation économique confortable, il fait partie des 59 électeurs de la commune dès 1831 et est soumis à l’imposition ; le suffrage étant alors censitaire et donc le droit de vote limité aux hommes imposables.

Chaque année, nous le retrouvons payant de 15 à 30 francs de contributions directes, ce qui nous permet de le pister, de connaître sa profession ou plutôt ses professions. Il est tout d’abord mentionné comme ménager en 1831, c’est à dire petit agriculture exploitant sa terre, l’année suivante on le retrouve en tant que badestamier (3).

En une dizaine d’année, on ne lui connaît pas moins de 4 professions…j’opte plus pour une multi-activité, travaillant la terre et la laine à différentes époques de l’année ou de la journée, se déclarant lorsque nécessité se fait, de l’activité du moment.

A la fin de l’année 1832, un premier événement vient bouleverser la famille… Caroline LEFÈBVRE décède à la fin de sa trentième année, laissant les trois enfants aux soins de leur père.

Absent de la liste électorale de 1833, il y est inscrit sur celles de 1834 à 1836, où il est ménager puis badestamier. C’est l’année 1836 qui marque une véritable rupture dans sa vie, c’est l’année du départ, le commencement d’une nouvelle vie loin de sa Picardie natale.

2. 1836 – Le départ

Triomphant figure en bonne place sur la liste électorale de Vaire-sous-Corbie datée du 8 janvier 1836, mais lorsque vient le recensement de la population deux mois plus tard, il n’est plus présent à l’inverse de ses trois enfants domiciliés chez leur grand-mère.

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AD80_6M774 – Recensement de Vaire-sous-Corbie (1836)

Est-il déjà parti ? Où se trouve-t-il à en mars 1836 ?

Quelques mois plus tard, on le retrouve à Sainte-Mesme en Seine-et-Oise dans le premier recensement de population datant du 14 juillet 1836 et il est accompagné de son fils Hyacinthe Édouard alors âgé de 11 ans au domicile de Monsieur et Madame DUJONCQUOY.

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AD78_9M877 – Recensement de Sainte-Mesme (1836)

Le jeune Hyacinthe Édouard est-il arrivé après son père une fois celui-ci installé, donc entre mars (recensement de Vaire sur lequel il est présent) et juillet 1836 (recensement de Sainte-Mesme)?

A la première question : quand est-il parti, les listes électorales et les recensements de population permettent d’en déduire qu’il serait arrivé à Sainte-Mesme entre janvier et juillet 1836. Le recensement de Vaire-sous-Corbie nous indique qu’il aurait quitter son village avant mars, mais était-il déjà arrivé à Sainte-Mesme ?

Après quand ? vient le pourquoi ? Pourquoi a-t-il quitter sa vie picarde qui ne semblait pas si misérable pour atterrir en Beauce ?

C’est la question la plus passionnante mais également la plus compliquée, nous n’aurons jamais de réponses exactes, ni connaîtrons les motivations profondes de Triomphant mais quelques hypothèses sont envisageables.

Quittons un temps la famille PECQUEUX pour nous intéresser à l’histoire locale et à un secteur d’activité qui pourrait nous en dire un peu plus sur les raisons du départ et de cette migration : la bonneterie et plus particulièrement la fabrication et la confection de bas de laine et de coton.

La Somme, terre natale de Triomphant PECQUEUX est une région productrice de textile et de toutes sortes d’articles à base de laine, il n’est pas anodin que son point d’arrivée soit également une région où la laine tient une place importante dans les productions manufacturées.

Arrêtons-nous un moment sur l’histoire pré-industrielle du Nord de la Beauce, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris.

Sainte-Mesme, point de chute de notre voyageur est une commune voisine de Dourdan qui est l’un des fleurons de la production du bas de laine et de soie en France  aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Cette petite ville royale, capitale historique de l’Hurepoix, jouit avec 16 autres grandes villes du Royaume d’un privilège autorisant la production au métier de toutes sortes d’ouvrages en soie, laine, fils ou coton conforté par un arrêt du Conseil d’État du Roi en mars 1700 (4).

Mais cette industrie périclite au cours de la seconde partie du XVIIIe avec la fin des privilèges et le développement des mêmes activités dans des régions productrices de soie et plus particulièrement dans le Languedoc. Au même moment, se développe non loin de Dourdan, une bonneterie tout d’abord sous une forme proto-industrielle puis industrielle à partir de la première moitié du XIXe siècle.

Si la production de Dourdan était davantage tournée vers la soie, celle de la bonneterie de Beauce était pratiquement faite que de laine, profitant de la présence d’importants troupeaux d’ovins, le coton faisant progressivement son apparition mais semblant rester en marge.

Le système proto-industriel de la bonneterie de laine dans la Beauce reste encore peu étudié mais il est certain qu’il repose sur une économie bien rodée : les marchands de bas, souvent gros laboureurs, détiennent le capital qu’ils investissent dans de la laine pure qu’ils distribuent à la population locale qui la transforme. La laine est distribuée dans les foyers pour être préparée par une armée de cardeurs et peigneurs de laine puis transformer par les tricoteuses, les fouleurs et les apprêteurs de bas payés à la tâche. Une fois terminés, les paires de bas sont récupérés par les marchands qui s’occupent de leur commercialisation.

Du déclin de l’industrie dourdannaise, les quelques foyers de Sainte Mesme vivant du travail des bas de soie sont privés d’emploi et reviennent aux travaux de la terre ou à l’artisanat.

Dans les années 1780, un homme philanthrope souhaite venir au secours de la population qui semble être dans une situation économique fragile. Charles François LEBRUN imminent politique et homme de lettres, député du Tiers-État, nommé Troisième Consul sous le Consulat, financier avant tout et homme d’entreprise achète des domaines à Sainte-Mesme qu’il transforme en filature de laine et de coton ainsi qu’une manufacture de toile destinée à l’impression.

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Charles François LEBRUN (1739-1824)

Les manufactures (ateliers et foyers) couvraient tout le territoire de la commune et s’étendaient jusqu’à Dourdan. Quelques métiers étaient réservés à la bonneterie mais rien de semblable à la production du début du XVIIIe siècle.

Son entreprise emploie quelques centaines de personnes qualifiées ou polyvalentes et se dote de la deuxième machine à vapeur construire en France vers 1806.

Mais la prospérité du début ne dure guère, dès 1813 les affaires vont mal, les débouchés n’étant pas à la hauteur des attentes, l’homme fort du Ier Empire est contraint de se séparer d’un bon nombre de ses ouvriers. Les différentes stratégies visant à sauver l’entreprise furent vaines et la société dut se résoudre à sa liquidation et sa dissolution en avril 1836.

Le souvenir de Charles François LEBRUN demeurera, il donnera son nom à la plus importante de ses manufactures, celle de « Ville-Lebrun », qui reste aujourd’hui encore un hameau de Sainte-Mesme, nommé Villebrun.

Tous ne connurent pas les déboires des successeurs du Duc de Plaisance (décédé en 1824). A Pussay, une famille de marchands de bas, présente depuis 1766, s’était issue au niveau de la bourgeoisie entrepreneuriale à force de beaux mariages et de réseaux commerciales forts. La société DUJONCQUOY est fleurissante et ne demande qu’à se développer au début des années 1830.

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Carte de Cassini – Implantation des manufactures DUJONCQUOY

En 1834, Charles Alexandre DUJONCQUOY, tout en conservant son entreprise de Pussay, installe à Sainte-Mesme une première fabrique de bas de laine profitant de la force motrice d’une petite rivière et du déclin de celle de Charles François LEBRUN.

Fort à parier qu’il récupère une bonne partie des ouvriers de son concurrent contraints au chômage technique. Doter d’une expérience dans le domaine, son activité est prospère et reprend l’activité de la manufacture de Monsieur LEBRUN dès 1835.

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AD78_3P 2/282/06 – Bâtiments de la filature sur le cadastre de Sainte-Mesme (1824)

Alors domicilier à Pussay, les DUJONCQUOY s’installent à Sainte-Mesme et font venir avec eux certains ouvriers de Pussay à l’instar de la famille POQUET dont Louis François épousera Adélaïde PECQUEUX, la fille aînée de Triomphant. Louis François, fileur de laine à Sainte-Mesme, né à Pussay en 1826 dont le père ouvrier en laine et teinturier, est arrivé quelques temps après à Sainte Mesme, ses frères sont ouvriers bonnetiers et contremaîtres.

Vous ai-je déjà dit que Louis Auguste Triomphant PECQUEUX travaillait aussi dans la laine ?

C’est donc dans une région riche d’une tradition de tricotage et de confection de bas en plein essor que Louis Auguste Triomphant PECQUEUX pose ses bagages.

Triomphant a certainement saisi une opportunité professionnelle. Si il vient là, c’est qu’il y a du travail, un travail durable et qui plus est à la pointe de la technologie. Mais comment a-t-il su qu’une telle opportunité se présentait aussi loin de sa Picardie natale ?

Si l’on sait désormais quand il est arrivé à Sainte-Mesme et dans quel milieu il atterrit, on ne sait pas encore dans quelles conditions.  Comment a-t-il su qu’une opportunité pouvait se présenter ? Comment est-il arrivé ? Était-il seul ?

Deux hypothèses sont possibles et peuvent aisément se compléter :

  • 1ère hypothèse : des relations commerciales en la Beauce et la Picardie

La première, est celle de relations commerciales fortes qui auraient pu exister entre l’entreprise DUJONCQUOY et la Picardie. Y achète-t-elle de la laine, le stock de Beauce ne suffisant pas? Vendait-elle sa production au nord de Paris ? Les DUJONCQUOY en partant pour Sainte-Mesme, accompagnés de certains de leurs ouvriers, font-ils également venir une main d’œuvre plus qualifiée et spécialisée de Picardie ?

  • 2ème  hypothèse : une trajectoire familiale

J’ai longtemps cru que Triomphant était arrivé seul avec son fils à Sainte-Mesme mais après quelques recherches, il faut substituer au parcours individuel, un parcours qui semble familial.

En feuilletant les registres d’État-Civil de Sainte-Mesme et les recensements de population, un patronyme peu courant dans la région m’a interpellé car très récurrent à Vaire-sous-Corbie. En 1866, s’est marié un certain Florentin Théodule MARESSELLE, né à Corbreuse, commune voisine de Sainte-Mesme. Vous ai-je dis que Madame PECQUEUX mère est née MARESSELLE ? Elle n’est autre que la tante de son père et la sœur de son grand-père…vous êtes perdus ? Pas de panique, un arbre, deux branches et tout est réglé !

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Lien de parenté entre Triomphant PECQUEUX et Jean-François MARESSELLE

Jean-François MARESSELLE, père de Florentin et cousin-germain de Triomphant PECQUEUX est lui aussi venu de la Somme jusqu’en Seine-et-Oise. Son mariage a été enregistré en 1837 à Corbreuse sur lequel il est mentionné qu’il est né en 1815 à Vaire-sous-Corbie et domicilié à Saint-Mesme…Est-il arrivé en même temps que Triomphant ? Ont-ils fait le chemin ensemble ?

Je n’en suis pas sûr. En effet, au recensement de Vaire-sous-Corbie de 1836, Jean François MARESSELLE y est encore présent, alors que Triomphant est déjà parti. Est-ce lui qui est venu avec Édouard Hyacinthe PECQUEUX ? Il est cependant absent du recensement de 1836.

Triomphant, parti le premier a-t-il ensuite appelé son cousin dans la région où il y avait quelques opportunités de travail ? A-t-il été le premier a prospecté et tenter sa chance ?

Ce n’est pas certain non plus… Au hasard de quelques recherches dans les archives du notaire de Lamotte, canton de Corbie dans la Somme, je suis tombé sur des actes de ventes de terres passés par le mandataire d’un certain Pierre CAMUS demeurant à… Villebrun, commune de Sainte-Mesme.

« Pierre CAMUS mécanicien et de dame Marie Louise Joséphine LEFEBVRE demeurant ensemble à Villebrun département de Seine-et-Oise et précédemment à Paris » (5)

« Pierre CAMUS filateur de laine et de dame marie Louise Joséphine LEFEUVRE sa femme demeurant ci-devant à Villebrun département de Seine et Oise et actuellement à Chartres en Beauce »  (6)

Mais qui est ce Pierre CAMUS ? A première vue, personne de connu, un nom qui n’est pas familier, mais celui de sa femme un peu plus. Il s’agit du nom de la femme de Triomphant, Caroline LEFEBVRE… Ni une, ni deux, je retourne faire un tour dans l’Etat-civil de Vaire-sous-Corbie rechercher une parenté. Ils s’y sont mariés en 1830 et Marie Louise Joséphine n’est autre qu’une cousine germaine de Caroline. Un enfant mort-né naît en 1833 puis plus aucune trace d’eux à Vaire-sous-Corbie.

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Lien de parenté entre Pierre CAMUS et  de Pierre LEFÈBVRE

Direction les registres de Sainte-Mesme dans lesquels on trouve en janvier 1835 la naissance d’une certaine Léonie Philippine CAMUS fille de Pierre « contremaître à la fabrique de bas de Ville-Lebrun » et de Marie Louise Joséphine LEFEBVRE.

Quel hasard… Pierre CAMUS occupe le même poste que Triomphant PECQUEUX un an plus tard…Grâce aux actes notariés trouvés dans la Somme, on sait qu’il demeure avec sa femme dès mai 1835 à Chartres…Il aurait donc été présent à Sainte-Mesme entre 1833 et 1835, période qui coïncide à l’installation de la première fabrique des DUJONCQUOY dans la commune. Son poste libéré avec son départ pour Chartres, a-t-il fait appel au cousin de sa femme pour le remplacer ?

C’est une hypothèque qui me semble très plausible. Si on résume le parcours de ses trois hommes et du fils de Triomphant, on peut en déduire l’ordre chronologique de leurs arrivées à Sainte-Mesme ou dans la région depuis Vaire-sous-Corbie.

a. Pierre CAMUS : septembre 1833 – janvier 1835

A ce stade de mes recherches, c’est Pierre CAMUS qui est parti le premier, bien que non originaire de Vaire, il y épouse une femme qui y est née et on imagine très bien les relations qui peut exister avec les habitants. Originaire des Ardennes, il semble être installé à Paris lors de son mariage, puis habite à Vaire-sous-Corbie, Sainte-Mesme puis Chartres. D’après le mariage de sa fille retournée à Vaire-sous-Corbie en 1863, il est décédé à Paris à une date inconnue. Est-ce lui qui est les premier a avoir eu l’opportunité de venir travailler à Sainte-Mesme ? Si oui par quel biais ? Difficile de le savoir.

b. Louis Auguste Triomphant PECQUEUX : 8 janvier 1836 – 14 juillet 1836

En deuxième position, Triomphant aurait pris la suite de Pierre CAMUS, celui-ci lui ayant passé le flambeau, flairant le bon filon malgré la charge de sa mère et de ses enfants. Le départ ne dut par être facile. A-t-il pris la place de Pierre CAMUS, celui-ci ayant eu d’autres projets à Chartres où il demeure à cette époque ?

c. Edouard Hyacinthe : 18 mars 1836 – 14 juillet 1836

Certainement arrivé après son père, il est présent sur les recensement de deux communes.

dJean François MARESSELLE : 14 juillet 1836 – 9 janvier 1837

Enfin, Jean-François, le cousin âgé d’à peine 20 ans, encore célibataire, sans enfant, a-t-il suivi les traces de son cousin pour trouver une vie meilleure ou en vivre une autre ailleurs qu’auprès des siens ?

Louis Auguste Triomphant n’est donc pas un cas unique dans la migration certainement économique qu’il a entrepris. Si il est certain que certains membres de sa famille lui ont donné l’exemple ou on suivit le sien à l’instar de ces deux hommes retrouver dans la même région, il n’est pas impossible qu’il y en est d’autres. Pour le moment, je ne pense pas qu’il s’agissent d’une émigration de masse vers un Eldorado économique ou professionnelle comme ont pu la connaître les maçons de la Creuse.

 

3. 1836-1859 – Le Beauceron

Après 1836, la manufacture ne cesse de se moderniser et Triomphant s’implante progressivement à Sainte-Mesme. Au recensement de juillet 1836 il est indiqué comme « faiseur de bas au métier et contremaître » vivant au domicile de Monsieur et Madame DUJONCQUOY, ses patrons avec son fils.

Qu’en est-il de cette position de contremaître, qui est synonyme de chef d’atelier, en plus de son savoir-faire, possédait-il un métier à Vaire ? Il n’est donc pas arrivé comme simple ouvrier comme une grand partie des ouvriers présents à Sainte-Mesme originaire de Pussay. Les DUJONCQUOY étaient-ils à la recherche d’hommes qualifiées pour encadrer la main-d’œuvre locale ?

Au recensement de 1841, ses trois enfants et sa mère sont domiciliés avec lui à Sainte-Mesme. Étant fils unique, on imagine bien que sa mère n’ait pas eu le choix de partir pour le rejoindre. Il est difficile de savoir à quel moment la grand-mère et ses petits-filles, qui vivaient avec elle depuis 1836, sont arrivés à Sainte-Mesme. L’intervalle de 5 ans est difficilement réductible faute de sources trouvées.

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AD78_9M877 – Recensement de Sainte-Mesme (1841)

Avec l’arrivée de sa famille à Sainte-Mesme, on voit bien la volonté de s’installer définitivement dans la région et ne jamais revenir dans son village natale. C’est la même logique que les maçons de la Creuse, qui sur le chemin des grandes villes, se sont mariées avec des « filles du coin », ont fait souche et n’en sont jamais repartis.

En 1842, il semble véritablement intégrer à la commune en épousant une « locale », Marie Louise CHEVALLIER avec qui il aura 3 filles.

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Descendance PECQUEUX-CHEVALLIER

Quelques années plus tard, en 1849 et 1850, il vend ses parts dans une maison et des terrains situés à Vaire-sous-Corbie, lui étant advenu après le décès de son fils en 1849. Celui-ci les ayants reçus avec ses soeurs consanguines de leur grand-père maternel.

Cette intégration dans son nouveau village, semble réussie dès son arrivée à Sainte-Mesme ; Triomphant paraît très lié à ses nouveaux patrons Charles Alexandre DUJONCQUOY, son épouse Marie Joséphine POTHEAU, leurs fils Charles Alexandre et Paul Amable ainsi que d’autres membres de la famille.

Dès son arrivée en 1836, il demeure chez eux avec son fils aux côtés de leurs quatre fils et de quelques domestiques et partagent les moments les plus importants de leur vie. Différents membres de la famille sont témoins aux événements de la famille PECQUEUX, ainsi un cousin du patron est témoin et « ami » au décès d’Appoline MARESSELLE la mère de Triomphant. Charles Alexandre DUJONCQUOY et son fils Paul Amable, sont les témoins de Triomphant à son mariage en 1842, à celui de sa fille Appoline en 1850, ainsi qu’au décès d’une autre de ses filles en 1851.

x PECQUEUX Louis Auguste Triomphant et CHEVALIER Marie Louise 27.7.1842 Sainte-Mesme 6:6.png

AD78/1123922_Acte de mariage PECQUEUX-CHEVALLIER

Mais c’est de Paul Amable, cadet de Triomphant de seize ans, qui semble le plus proche des DUJONCQUOY. Il est témoin et « ami » à cinq des sept naissances de ses enfants entre 1844 et 1857 à Sainte-Mesme.

Paul Amable, devenu maire de Sainte-Mesme dès 1848, est le tuteur de Louise Adelphine, fille mineure de Triomphant à son décès en 1859. Ultime preuve de son encrage dans sa région d’accueil, il rentre au sein du Conseil municipal auprès de son ami à partir de 1850 et vote en autre l’installation d’une nouvelle machine à vapeur à la fabrique de Villebrun en 1855.

84E-Dépôt 2 Délibérations du Conseil municipal Sainte Mesme - Etablissement d'une nouvelle machine à vapeur 16.9.1855 p261

84E-Dépôt 2 Délibérations du Conseil municipal Sainte Mesme - Etablissement d'une nouvelle machine à vapeur 16.9.1855 p262

AD78/84E-Dépôt 2 – Délibération du Conseil municipal de Sainte-Mesme du 16 septembre 1855

 

Malgré l’installation définitive de Louis Auguste Triomphant PECQUEUX à Sainte-Mesme il n’oublie son village natale et y reste très lié ainsi que ses descendants. Les liens semblent encore très étroits avec la Picardie. Sa petite-fille Léocadie POQUET, veuve de Michel Ernest DANIEL, se remarie avec Honoré DESVIGNES natif de Vaire-sous-Corbie et son fils Isidore DANIEL épouse également une fille du pays en 1905 à Vaire.

 

 

(1) Selon le Dictionnaire universel du commerce de Savary des Brûlons « On appelle Ouvrage de Bonneterie ou marchandise de bonneterie, les bonnets, les bas et autres marchandises et ouvrages de cette nature que les marchands bonnetiers ont la faculté de vendre et de faire fabrique ». Si la bonneterie vous intéresse encore plus, je vous invite à lire son développement passionnant qu’il fait sur la profession.  Il en va de même pour tous les secteurs commerciaux et artisanaux, pour en connaître plus sur le fonctionnement et la profession d’un ancêtre c’est une bible.

(2) Je vous invite à lire l’article consacré par Marion à ce métier méconnu sur son blog

(3) Mon but premier était de réaliser une frise chronologique, type TimeLine en suivant les bons conseils de D’aïeux & d’ailleurs … mais j’ai vite abandonné d’une part parce que j’ai du mal à générer une frise correcte avec moins d’une dizaine de tentative et d’autre part, si le résultat est tout beau et visuelle, il n’est pas pratique à la lecture. Je contente de la première étage.

(4) Bulletin de la Société Historie de Dourdan en Hurepoix, « La fabrication des bas à Dourdan », n°46 et 48 (déc. 2003- juin 2004, déc. 2004-juin 2005)

Bulletin de la Société Historie de Dourdan en Hurepoix, « Histoire de Ville-Lebrun », n’°16 (juin 1986)

(5)AD80 3E8791 – 7.5.1835

(6) AD80 3E8791 – 2 actes des 8 mars 1836, 24.5.1835

Pour l’histoire de Pussay

FIRON Anne-Marie, Pussay, ses seigneurs, ses manufacturiers, ses villageois, 1995 Editions Amattéis + site internet consacré http://www.pussayetsonpays.fr/

 

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Une baguette et trois cartes postales s’il vous plaît

En cette fin d’année, profitant de l’humidité d’une petite ville de la Suisse Normande, où je prends mes quartiers plusieurs fois par an, j’ai fait une découverte, la découverte de l’année, qui ferait pâlir d’envie n’importe quel généalogiste.

Le crachin Normand me privant d’une balade dans la campagne, je passe mon après-midi à transcrire quelques actes notariés du XVIIIe mais le clocher sonne 17h, il est temps d’aller acheter le pain. Équipé jusqu’aux dents, tel un marin prenant la mer, j’entame une balade qui doit me mener jusqu’à la boulangerie. La nuit tombe, les rues sont désertes mais au loin une boutique éclairée attire mon attention, un commerce de cartes postales et de livres anciens. Je ne suis ni cartophile, ni collectionneur de vieux livres mais comme tout généalogiste un peu fouineur, je me dis que si jamais… il y avait quelque chose qui pourrait…

Il est 17h passé, mon entrée dans la boutique n’est pas fracassante, j’adresse un bonjour nonchalant laissant transparaitre ma pensée « Je rentre mais bon…».

J’entame alors quelques recherches dans les cartons de cartes postales, département par département, les choisissant en fonction des lieux de naissance des mes arrière-grands-parents, j’ai deux ou trois villages en tête. Si je pouvais trouver la carte figurant l’un des mes arrière-grand-père trônant fièrement devant son bus, agrandie et encadrée chez Papi et Mamie ou celle des beaux-parents du Pépé-Autobus qui ont été photographiés devant leur épicerie avec leurs noms en lettres majuscules sur la devanture.

Mes premières recherches sont vaines, rien pour le Loiret, je poursuis alors méticuleusement avec l’Essonne, passant les B… comme Brières, les C… comme Congerville ainsi jusqu’aux M… et je tombe sur « Mérobert », le village de Mamie, petit bourg à l’entrée du plateau Beauceron.

Là, deux cartes m’attendent, sur la première posent fièrement une dizaine d’enfants devant la marre qui lui donne sa légende « La Marre ». L’autre « Grande-Rue » sur laquelle Monsieur et Madame HAILLARD posant pour l’éternité devant leur commerce de vins entourés de bonnes gens endimanchées.

Jusqu’à là, rien d’extraordinaire, on trouve facilement des cartes postales où nos ancêtres ont vécu…mais peut-on trouver des cartes postales où ont vécu nos ancêtres, écrites par nos ancêtres, en dehors des valises oubliées dans les greniers de la famille? Vous connaissez la réponse d’avance… oui c’est possible !

Si les carte sont intéressantes, des vues d’un villages au début du XXe siècle, leur dos l’est encore plus plus.

 

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La partie correspondance n’a rien de très originale, le message est lapidaire pour l’une comme pour l’autre, mais l’expéditeur semble être la même personne.

« Amitiés à tous, E.C.A.DANIEL »

«  Amitiés et baisers à tous, E.C.A DANIEL »

Dans un premier temps, je ne me rends pas bien compte, la signature n’est pas très claire.

L’adresse est alors bien plus frappante, identique sur les deux :

            « 46 rue des Couronnes, Paris, 20ème arrondissement »

L’une est adressée à Isidore DANIEL, l’autre à Ernest…ces prénoms me disent quelque chose, des collatéraux sûrement entendus dans les conversations de famille, de lointains cousins perdus de vue au fil des générations. J’ai déjà effectué quelques recherches sur Isidore mais sans plus.

Très vite, je découvre à quoi correspondent les initiales de l’expéditeur ou plutôt des expéditeurs. Ils s’agit de mes arrières-arrières-grands-parents Édouard DANIEL et Clémence HÉRON et de mon arrière-grand-père André DANIEL.

C’est le moment d’activité sa mémoire, on se refait l’arbre rapidement dans la tête et… Édouard n’est autre que le frère d’Isidore…Ernest doit être son fils.

Un Petit extrait d’arbre généalogique pour clarifier l’affaire : Qui est qui ?

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Généalogie DANIEL simplifiée reprenant les personnes citées

Je quitte alors la boutique en demandant de mettre de côté ces précieuses cartes, je reviendrai demain.

Il est 19h, la boulangère est toujours là, le pain encore chaud.

En rentrant je vérifie les différentes informations, je connais l’état-civil (naissance, mariage, décès) d’Isidore grâce aux mentions marginales sur son acte de naissance mais rien sur son potentiel fils Ernest. Je cherche donc son acte de naissance, ciblant l’adresse des parents dans le 20ème arrondissement de Paris, dans les tables décénales de 1903 à 1912 (les cartes sont datées entre 1900 et 1915), bingo, Ernest est bien le fils de son présumé père et est bien né dans le 20ème arrondissement en 1908. L’acte apporte son lot de mentions marginales en confirmant l’adresse des cartes postales. Ils sont alors épiciers.

Avec ces informations, il est plus facile de dater ces deux cartes postales, en l’absence d’oblitération. Elles ont été écrites entre 1908, année de naissance d’Ernest, et 1914, année de décès d’Édouard.

Affaire rondement menée mais le pain est désormais froid.

J’attends donc impatiemment la levée du jour pour aller récupérer les deux cartes et bien plus motivé et joyeux que la veille, espérant que ces deux cartes ne soient pas les seules destinées à Ernest et Isidore. Peut-être faisaient-elle partie d’un lot de cartes abandonnées, retrouvées ou vendus par les descendants des cousins de Paris.

Entrant dans la boutique, saluant bien plus jovialement l’assemblée que la veille, je demande à revoir le carton de l’Essonne, ne m’attardant plus sur les communes mais sur le nom et l’adresse des destinataires au dos. Et puis…

IMG_9073Collection personnelle

« Monsieur et Madame DANIEL,

épicier, rue des Couronnes

46 Paris »

Le message est plus prolifique et la signature moins énigmatique, la carte représente        « La Grande Rue » des Granges-le-Roi, non loin de Mérobert.

« Tous nos vœux de bonheur et de prospérité

ton cousin et ta cousine

Adèle et Edmond SERGENT »

Ma théorie du lot était la bonne…Une troisième carte vient de s’ajouter… Mais qui sont Adèle et Edmond ?

Je conclus mes recherches par un « Je vous prends les trois ! » pour partir en entamer d’autres sur les mystérieux cousins SERGENT. Je vous rassure le mystère s’est rapidement éclairci.

Commençant par les tables décennales à la recherche d’un mariage ou d’une naissance aux Granges-le-Roi, village de la carte postale, seul indice pour localiser le couple SERGENT. Mais pas une trace d’un ou d’une quelconque SERGENT dans l’état-civil grangeois. Je passe alors aux recensements de population, sur celui de 1906 figure un certain Edmond SERGENT et une certaine Adèle DELATOUCHE avec une année et un lieu de naissance, jackpot. Adèle est née à Mérobert, tiens tiens!  Je commence par retrouver son acte de naissance en 1861, puis son acte de mariage avec le bien-nommé Edmond SERGENT, toujours à Mérobert en 1884.

Adèle est la fille d’Auguste DELATOUCHE et d’Adèle Ernestine DANIEL, qui n’est d’autre que la sœur de Michel Ernest DANIEL le père d’Edouard et Isidore, c’est à dire leur tante paternelle ce qui fait d’Adèle DELATOUCHE (femme SERGENT) leur cousine germaine.

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Généalogie DANIEL simplifiée reprenant les personnes citées

 

La morale de ce conte post-Noël : où que vous soyez, fouillez !

François le Beau maçon #RDVAncestral

On le surnommait « Le Beau maçon », François RATEAU (1832-1869) maçon de la Creuse s’est implanté dans le Loiret, à Epieds-en-Beauce, au milieu du XIXe siècle. Ce premier #RDVAncestral est l’occasion d’en savoir un peu plus sur l’arrivée de François en Beauce. Pourquoi ? Comment ? Aurai-je mes réponses ? Cet exercice d’écrire permet de pallier un manque d’informations. Si j’en connais un peu plus sur François, c’est grâce au livre de Danielle Demachy-Danton, Histoire des maçons de la Creuse paru en 2011 aux Editions Le Puy Fraud.


Sur les bords de la Loire par un beau dimanche ensoleillé, je remonte le fil du fleuve en direction d’Orléans. Des sifflements se font entendre au loin derrière moi. Je me retourne, le paysage a changé, les habitations qui bordent le chemin ont disparu, la piste cyclable n’est plus, les ponts, les aménagements du fleuve ont disparu. Je suis transporté dans un autre monde, dans un autre temps. Le fleuve a retrouvé la circulation intense des bateliers, les maîtres vinaigriers réceptionnent les tonneaux de vins sur les quais, la bonne bourgeoisie orléanaise flâne.

Un promeneur endimanché tient l’exemplaire du Journal du Loiret, je ne parviens qu’à lire trois premiers chiffres de l’année « 185. ». Les sifflements lointains deviennent de plus en plus perceptibles. A quelques pas, un groupe d’une dizaine d’hommes s’arrêtent. Il est midi.

A leur tenue, je ne pense pas me tromper, ce sont des Limousins, travailleurs du bâtiment. Tous vêtus de blanc avec un chapeau noir, plat à large bord. Ils s’installent par petits groupes, l’un s’isole, ses camarades l’interpellent par son prénom, François, aucune réponse. De nouveau ils l’appellent Rateau, Rateau, il se retourne enfin, ils lui proposent de se joindre à eux, mais rien n’y fait. Il a le regard vague et nostalgique, la Loire comme seul horizon. Le pays lui manque-t-il ?

Je comprends que c’est lui, mon maçon de la Creuse. Je connais si peu de chose sur sa vie d’avant, sa vie d’itinérance, sa vie de migrant saisonnier avant qu’il ne s’installe et fonde sa famille dans le Loiret, si loin de ses parents et de sa terre natale.

Je m’approche de lui, m’assois sur une pierre, sans un mot. Tout en mangeant son frugal repas, quelques châtaignes sorties de sa besace et un morceau de pain, il me raconte son parcours.

Il s’appelle François RATEAU, il a la vingtaine, il est né dans les années 1830 à Fresselines au Nord de la Creuse, dans le village des Forges. Son père travaille le bois, il est sabotier et charpentier, lui est maçon. En famille, ils cultivent quelques arpents de terres et du chanvre dans une petite chènevière accolée à la maison mais rien de suffisant pour faire vivre la famille. Il faut dire que la terre limousine n’est pas très fertile, il n’y a pas de vastes exploitations comme en Beauce, les châtaignes et les raves sont abondantes contrairement aux céréales.

Comme la plupart des hommes de la région, s’il veut survivre, il doit partir. Le peu de terres cultivées, le seront par les femmes et les quelques hommes restés sur place. Ils reviendront, pour la plupart, après quelques mois pour les travaux plus harassants. C’est ainsi que va la vie dans la Marche et le Limousin depuis plus de deux cent ans.

Cela fait dix jours qu’il a pris la route avec ses compagnons. De son village isolé, par un jour pluvieux d’autonome, il est allé sur la place de l’église de Fresselines, point de départ pour la centaine de migrants de la commune. Après une messe célébrée en leur honneur, ils ont rejoint le chef lieu du canton, Dun-le-Pastel où ils étaient encore des centaines à attendre le départ pour prendre la route vers le Nord, Paris, Orléans ou Sens pour destination. Au sud du département, les hommes convergent vers Lyon ou Bordeaux.

Ils sont maçons, charpentiers, tailleurs ou scieurs de pierre, simples manœuvriers, compagnons ou maîtres, travaillant seul ou pour un entrepreneur local. Ils partent embellir les villes pendant quelques mois, puis ils reviendront au pays avec quelques économies.

François n’a pas le choix, comme ses ancêtres, ses cousins, ses voisins, il doit partir. Il me raconte que ce phénomène de migration n’est pas nouveau, son grand-père maternel, charpentier de son état, n’est jamais revenu d’une de ses campagnes. Les anciens qui l’ont connu racontent qu’il est mort à Paris au début de l’été 1807, mais ne lui ont jamais dit comment.

Cette migration économique, saisonnière et surtout contrainte est très importante, de quoi préoccuper les autorités départementales. Des études préfectorales ont déjà été organisées pour essayer de comprendre cette trajectoire et d’essayer de l’enrayer. François me raconte que chaque année il doit aller s’enregistrer à la mairie de Fresselines et refaire son passeport pour l’intérieur si celui-ci n’est plus valable. Les chiffres communaux sont envoyés à la préfecture. Une étude de 1846 recense plus de 34000 à 35000 hommes partis travailler en dehors du département. François était l’un d’entre eux, il était alors apprenti et n’avait pas quinze ans. La Creuse n’est pas le seul département à connaître ce phénomène, ils sont aussi quelques milliers dans les départements voisins de la Corrèze et de la Haute-Vienne.

Une fois réunis à Dun, des groupes se sont formés en fonction de la destination de chacun, ils sont tous partis ensemble et au fur et mesure du voyage, les uns travaillant quelques jours, ici ou là, pour restaurer le mur d’une grange, réparer la charpente d’une église, d’autres ont fait demi-tour, trouvant déjà le voyage trop éprouvant. François s’est joint à une dizaine d’hommes, des amis, des cousins, certains mariés avec enfants, d’autres célibataires comme François. Dans le groupe, il y a des vieux, les maîtres du temps et du chemin, ils effectuent surement l’une de leur dernière campagne mais ils ont cœur de montrer au plus jeune leur métier et les traditions de cette migration. François semble aimer ces échanges intergénérationnels, quand il m’en parle, il regarde les plus anciens avec un grand respect et les plus jeunes avec bienveillance. Les jeunes compagnons de route de François, assis autour de nous, ne doivent pas avoir plus de douze ou treize ans, pour eux c’est leur première campagne, chaque pas est nouveau mais déjà encré dans la tradition de leurs prédécesseurs.

Le chemin est bien connu des plus anciens, il n’y a qu’un itinéraire valable pour rejoindre Paris. Quatre villes incontournables, séparées l’une de l’autre par plus de cinquante kilomètres : Issoudun – Vierzon – Salbris – Orléans. Depuis plus de deux siècles, chaque année cette route est empruntée par ces forçats du bâtiment. Les chemins se sont améliorés avec le temps, ils sont devenus plus sures et le réseau s’est développé. Le chemin de fer a fait son apparition, de quoi rendre le voyage plus facile et agréable.

De Dun, ils ont rejoint la première gare, les uns prenant le train, les autres comme François préférant une voiture, surnommée coucou, moins conformable mais moins coûteuse, il a continué à pieds en longeant le Cher depuis Vierzon puis la Loire jusqu’à Orléans.

Les camarades de route de François, leur repas fini, s’apprêtent déjà à reprendre la route . Certains feront quelques provisions à Orléans avant d’aller jusqu’à Paris, d’autres iront se présenter à des entrepreneurs en bâtiments, ils ont entendu dire que l’Hôtel de Ville était en travaux.

François ne sait pas encore s’il s’arrêtera à Orléans, où l’un de ses cousins, lui aussi maçon, s’est installé il y a déjà quelques années ou si il continue avec ses camarades jusqu’à Paris, tout dépendra du travail qu’il trouvera. S’installera-t-il cette année à la campagne prochaine?

Son récit va prendre fin, il n’aura pas le temps de m’en dire plus sur leur vie quotidienne loin de chez lui, des occupations en dehors du travail le soir et les dimanches, les soirées au cabaret, l’instabilité et la précarité de la profession, la dure vie de labeur. J’espère le recroiser dans quelques temps, peut-être dans un champ non loin de sa maison qu’il construira dans le Loiret.

Il est toujours là, mais voyant ses compagnons s’éloigner, il se lève précipitamment, m’abandonne son reste de châtaignes et se mit à courir pour les rejoindre. Je n’ai pas eu le temps de lui dire qui j’étais, mais cela n’a pas d’importance, il vient de me raconter un bout de son histoire et un pan important de celle de tous les hommes de sa région, cela me suffit amplement. Je connais la suite.

Je le regarde s’éloigner, il a fière allure le Beau maçon.

Z…Zilan #ChallengeAZ 2017

Bref bilan désalphabétique de mon premier ChallengeAZ consacré aux archives notariales.

Z comme au Zuivant…

Y comme Y a encore du boulot !

X comme X = ? combien d’actes glanés dans 10 ans ? 

W comme Walou

V comme Vingt trois articles sur vingt six

U comme Unanimement content !

T comme Transcription essentielle pour étudier au mieux les actes.

S comme Sources incontournables

R comme Retours des lecteurs, Merci ! 

Q comme Questions encore sans réponses

P comme Pistes nouvelles de recherches ouvertes

O comme Oh rendez-vous au F !

N comme Notaires

M comme Mois…un mois d’endurance pour écrire presque au jour le jour un article.

L comme Lecture des articles du Challenge

K comme Koala…parce qu’un koala c’est mignon ! 

J comme Je reviendrai sûrement !

I comme Infinité des documents

H comme Histoire locale qui permet de mieux comprendre sa généalogie et puis la micro-histoire c’est cool !

G comme Grange parce que j’aime bien cet acte ! 

F comme Fautes d’Orthographe et coquilles qui ont pu m’échappé

E comme Exercice d’écrire compliqué au début mais qui jour après jour est devenu de plus en plus fluide et plaisant

D comme Droit d’Ancien Régime et droit coutumier pour mieux comprendre les actes

C comme Chronophage avec une moyenne de 3h de préparation, recherches et rédaction par article soit environ 70h sur le mois !

B comme Bilan plus que positif

A comme Archives notariales

X = 325 #ChallengeAZ 2017

325 actes notariés


C’est le nombre d’actes trouvés dans les archives notariales concernant mon ascendance directe. A ce chiffre, il faut ajouter 57 actes impliquants des collatéraux (contrats de mariage…) et 22 actes relatifs à l’histoire d’un village ou d’une communauté (assemblées d’habitants, fondation d’école…).

Les graphiques ci-dessous ne prennent en compte que les 325 actes familiaux.

  • Typologies du corpus

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Graphique 1 – Répartition par types d’acte

Sur les 14 typologies d’actes, 3 sont des regroupements d’actes plus ou moins similaires.

« Vente » regroupe à la fois les ventes immobilières (maisons, bâtiments, terres) majoritaires et quelques ventes mobilières (objets, récoltes) plus rares.

– « Baux » regroupe les baux à ferme, à loyer et à rente (+ la bail à vache de Marguerite)

Divers regroupe les actes orphelins, présents qu’à une seule reprise dans le corpus ou difficilement classables (34 actes)

  • Le corpus dans le temps

Ces 325 actes sont assez bien répartis entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle, 160 pour le premier et 159 pour le second. 6 actes datent de la fin du XVIIe.

 

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Graphique 2 – Répartition par siècles avec un état de la transcription 

  • Géographie du corpus

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Graphique 3 – Répartition par dépôts d’Archives départementales 

L’écrasante majorité des actes proviennent des Archives départementales de l’Essonne, produite par une demie douzaine d’études notariales situées dans le sud du département. Ce déséquilibre n’est du qu’à des raisons matérielles et essentiellement à la proximité et facilité d’accès à ce dépôt qui m’ont permis d’y passer de très longues et nombreuses journées. Cette inégale distribution a un impact direct sur la répartition des actes entre la branche maternelle implantée dans l’Essonne et ma branche paternelle originaire du Loiret. Sur les 325 actes, seulement 27 concernant mes ancêtres paternels soit seulement 8% du corpus.

Il ne s’agit ici que d’un état des lieux à un instant T, espérant dans 10 ans avoir doublé ce corpus, en avoir transcrit une grande partie et équilibrer la balance entre papa et maman.

 

 

V…Vache #ChallengeAZ 2017

La vache de Marguerite est à louer !

On peut louer une maison, une ferme, une terre…et une vache. Vincent RICHARD l’a fait ! Il passe un bail à vache le 15 janvier 1730 avec Marguerite HÉE devant le notaire de Verrrières (Orne). (1)

« (…)Fut présente en sa personne Margueritte HÉE fille de la première majorité demerante au lieu de la Genevasiene paroisse de Verrière laquelle avec l’authorité et consentement de Jean HÉE son père a baillier et baille par ses présente pour le temps et terme de trois (…) à Vincent RICHARD tireur d’estain et Marie GEROULT sa femme de son mary deubment et sufisamment authorizé (…) ».

Marguerite HÉE (mon sosa 997) a alors 30 ans passés et est encore célibataire, ce qui lui permet de passer un bail à son nom tout en ayant besoin de l’autorisation de son père Jean. Mais que signifie « fille de la première majorité » ? La vache lui appartient-elle ?

« (…) Scavoir une vache soubs poil rouge brun à a charge au dits preneurs de nourrir et hébergé laditte vache pandant les ditte trois années (…) ».

Cette jolie bovidé est à louer pour la modique somme de 3 livres annuelles.

« (…) le tout fait pour et moyennant le prix et somme de trois livre de ferme par chascun an quinziesme jour du mois de décembre (…) ».

En contrepartie de soigner et s’occuper correctement de la vache, Vincent RICHARD profitera des revenus que la vache lui rapportera pendant les trois ans de baillage.

« (…) est acordé entre les partie que les preneurs aurons tous les profit et escrois deladitte vache pandant ledit temps (…) »

Dans l’acte deux clauses sont ajoutées en faveur de la bailleresse. Si Marguerite vient à se marier, elle ne désespère pas, elle peut rompre le bail et reprendre la bête.

« (…) et en cas que laditte Marguerite HÉE vienne à se marié pendant les ditte trois anné qu’il luy sera permis de reprandre laditte vache avant les dittes trois année expirée (…) »

La seconde close, m’échappe, il est question d’un veau… Peut-elle reprendre la vache si il lui semble que la vache n’est pas bien traitée? Si elle est prête à vêler?

« (…) et qu’il sera permis permis à laditte baillieusse de reprandre laditte vache sy elle voit que bon soit en en bailliant d’une autre au preneurs en tenant compte au preneurs du veau que laditte vache pouroit avoir en cas que laditte vache fus amullienté (…) »

Les termes de « Amullienté » et « escroits » m’échappent…

 
Enfin les parties estiment la vache au cas où celle-ci vienne à mourir au cours du bail.

« (…) laditte vache estimée entre les parties à la somme de vingt cinq livres et en cas que laditte vache vint a mourir par la faute des preneurs il seront tenu et obligé de la peyer sur le prix de l’estimation (…) »

Marguerite se mariera sur le tard, cinq ans après la signature du bail de sa vache, avec François PREVOST. A-t-elle baillé en 1733 sa vache ? L’a-t-elle reprise lors de son mariage pour augmenter sa dot ?

 

 

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Uente #ChallengeAZ 2017

Parce que le V ressemble étrangement à U ou le U à V…comme vente

Une vente est l’action de céder un bien contre de l’argent et qui lie un vendeur et un acheteur.

Après la location, la rente, le contrat de vente. On peut vendre une maison, une ferme, ou tout autre bâtiment permettant d’exercer son métier. En avril 1776 Charles Antoine Denis DANIEL achète à sa sœur Catherine DANIEL femme de Jean Baptiste MOITEAUX une masure située à Mérobert.

« (…) C’est à savoir une mazure ou il y avoit cy-devant deux pettites espaces de bastiments servant de forge de maréchal, une place de terrain contenant aussy deux petittes espaces, le tout seis à Mérobert rue de la Huchette, tenant d’une part à la cour commune, d’autre à Patrice PUIS d’un bout audit acquéreur d’autre bout à ladite rue (…) ».

Charles Antoine Denis DANIEL est maréchal-ferrant comme son père et son grand père.

« (…)moyennant le prix et somme de quarante huit livres que ledit acquéreur a présentement et a la veue du notaire et tesmoins cy après nommés baillé payé
et réellement délivré en écus de six livres du cours ausdit vendeurs qui l’ont prise et reçeue dont ils sont contants enquittent et déchargent ledit acquéreur et tous autres dont quittance (…) ».

Comme pour tout mouvement immobilier, la vente transfère également l’obligation de payer les droits au seigneur.

« (…)à la charge des cens et droits seigneuriaux de telle nature qu’ils soient ainsy que ledit acquéreur s’y oblige d’en faire et commencer la première année de payement aux échéances prochaine (…) ».

La vente de la forge intervient quelques mois avant le décès de Catherine BLIN, mère de Charles Antoine Denis et de Catherine et veuve de Pierre DANIEL décédé en 1773, lui aussi était maréchal-ferrant.

Le contrat de vente résulte-t-il d’un partage qui a été fait à la fin de la vie de Catherine BLIN pour assurer une partage équitable à ses enfants. Le lot contenant la forge de Pierre, le père, maréchal ferrant est-il advenu à Catherine et à son mari qui n’était pas du métier ? Le hasard fait parfois mal les choses…en tout cas pour Charles Antoine Denis…

Je garde un peu de mystère sur les membres de la  famille DANIEL, maréchaux-ferrants qui se sont succédés sur 8 générations de la fin du XVIIe si jusqu’en 1914 et qui demandent quelques recherches supplémentaires pour une étude plus approfondie. 

 

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T…Testament mystique #ChallengeAZ 2017

Qu’est-ce qu’un testament mystique ? Ce n’est pas le fond qui est intéressant mais davantage la forme et la procédure.

Il existe 3 formes de testament :

  • Testament olographe qui est rédigé par le testateur
  • Testament authentique fait par et chez un notaire
  • Testament mystique qui est un testament secret qui n’est ouvert qu’au décès du testateur

En 1851, devant Jules CUROT notaire à Dourdan, Jean Baptiste Joseph DE LUBERSAC dépose son testament mystique, devant six témoins (1).

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« (…) A comparu M. Jean Baptiste Joseph DE LUBERSAC, propriétaire demeurant à Rochefort. Lequel a présenté au notaire et aux témoins soussignés une enveloppe faite avec une feuille de papier timbré à un franc vingt cinq centimes, close avec un ruban de soie blanche et scellé en  cinq endroits avec de la cire noire et un cachet portant pour empreinte les armes de la famille de LUBERSAC. M. DE LUBERSAC comparant a déclaré que cette enveloppe contenait son testament signé de lui, mais écrit de la main d’une autre personne (…) ».

 

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Enveloppe cachetée contenant le testament

Le cher homme de ne semble pas en grande forme…Ce n’est pas un testament olographe, en 1851 le sieur LUBERSAC est âgé de 77 ans.

« (…) Le tout fait et passé de suite et sans divertir à d’autres actes à Rochefort dans le domicile de M. DE LUBERSAC dans une chambre à coucher au rez de chaussée dans la cour et ayant vue sur le jardin (…) ».

Au vue de sa signature en 1851…

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Signature du testament en 1851

Comparant à celle des années 1820…

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Signature lors de la naissance de son fils en 1822 (2)

Né à Paris en 1774, il est fils du vicomte Jean Baptiste DE LUBERSAC et de Claire Opportune RICHER DE BEAUPRE, marié une première fois avec Jeanne Mélanie CAILLARD DE BEAUVOIR décédée en 1817, il se marie en secondes noces avec sa fille de confiance de 14 ans sa cadette en 1821 à Saint-Arnoult. Celle-ci accouche en 1819 d’un fils naturel, Joseph Eugène, au domicile de …Jean Baptiste Joseph DE LUBERSAC, qu’il légitimera lors de leur mariage.

Une fille, Anne Françoise,  nait en juin 1821 à Saint-Arnault et décède quelques mois plus tard chez une nourrice du village.

Charles Ernest, qui semble être le seul bénéficiaire du testament, nait en 1822 et se marie à Rochefort en 1846 avec une anglaise, Augusta FRYEfille de Percival  FRYE comte de Coinsval.

Leur dernière fille (?), Louise Claire Opportune nait en 1824 toujours à Saint Arnoult.

Revenons au principal. Le testament est donc secret et est déposé chez le notaire sous enveloppe cachetée sans que le contenu de soit dévoilé. Il ne sera ouvert seulement après le décès du testateur en présence de témoins.

Si la forme est plus procéduiraire et contraignante que les autres formes de testament,  le fond dicté par Monsieur DE LUBERSAC reste classique, il lègue à son fils Charles Ernest tous ses biens et fait un don de 4000 francs au bureau de Bienfaisance de Rochefort.

« Au nom de la très Sainte Trinité après avoir donné mon ame à Dieu.
Je soussigné Jean Baptiste Joseph DE LUBERSAC propriétaire
demeurant à Rochefort ai fait mon testament de la manière suivante.
Je veux que mon corps soit inhumé dans le cimetière de Saint-Maurice, canton de Dourdan, à côté du tombeau de mes parents.
La cérémonie et la transport seont faits par les soins et sous la surveillance de Monsieur le curé de Rochefort.
Pendant les six premiers mois de mon décès il sera dit dans l’église de Rochefort une messe par jour pour le repos de mon âme.
Je donne et lègue au bureau de bienfaisance de Rochefort une somme de quatre mille francs qui sera placée sur l’Etat, le revenu sera employé au soulagement des veuves, des orphelins et des vieillards, infirmes et incapables de travailler cette distribution sera faite par les soins de Monsieur le curé de Rochefort.
Le paiement de la somme de quatre mille francs ci-dessus sera fait par mes héritiers savoir deux mille francs dans l’année de mon décès et deux mil francs l’année suivante le tout sans intérêts.
Je donne et lègue à Charles Ernest DE LUBERSAC mon fils la quotité disponible de tous mes biens meubles et immeubles pour en jouir en toutes propriétés et jouissance à partir du jour de mon décès.
Ce legs est fait par préciput et hors parts.
Je révoque tous testaments et toutes donations antérieures et contraire au présent.
Fait à Rochefort le deux avril mil huit cent cinquante un ».

Cet acte contient 3 papiers sont les étapes de la procédure du testament mystique, de la rédaction à l’ouverture.

  1. L’acte de suscription qui est l’acte par lequel le notaire constate par écrit être dépositaire d’un testament daté du 2 avril 1851
  2. Le testament en lui même qui était sous enveloppe
  3. Constatation du testament par un juge au tribunal civil de Rambouillet le 23 septembre 1858 pour l’ouverture après le décès de M. DE LUBERSAC

Le testament mystique n’a donc rien d’exceptionnel par rapport à une autre forme de testament, ce sont juste les modalités de sa rédaction et de son ouverture qui diffèrent…Moi qui pensais trouver des choses mystérieusement mystiques! 

Le Vicomte DE LUBERSAC mourra le 18 septembre 1858 à Saint-Arnoult, il semble avoir fait un autre testament, sur la couverture du testament est écrit :

« Voir testament du 26 juin 1852 »

S’est-il ravisé? Peut-être…la réponse à la prochaine visite aux Archives départementales de l’Essonne! 

 

 

 

 

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S…Savouré #ChallengeAZ 2017

S…comme famille SAVOURÉ parce que sans elle je n’en saurai pas autant sur mes ancêtres. Les membres de la famille SAVOURÉ ont sévi en Beauce dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle…ils étaient notaires de père en fils.

Deux lignées de notaires exercent à partir des années 1740 à Gommerville et à Richarville dans le baillage d’Étampes.

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Carte de Cassini

La patriarche Louis SAVOURÉ, est issu d’une famille aisée de marchands bonnetiers et de laboureurs, il fut, la majeure partie de sa vie, maître d’école à Gommerville puis notaire. Les archives de son étude notariale conservées aux Archives de l’Eure-et-Loir débutent en 1746.

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Descendance simplifiée et non exhaustive de Louis SAVOURÉ

Se sera ensuite autour des deux fils de Louis de devenir notaire, le premier Corneille né de son premier mariage va s’installer en 1750 à Richarville,  à quelques kilomètres de la concurrence paternel. Discorde familiale ou opportunité ? Il n’y pas d’archives conservées avant l’arrivée de Corneille à Richarville, est-ce une création d’une étude ou simplement une lacune archivistique ?

A Gommerville, c’est Louis II issu du troisième mariage de Louis I qui prendra la relève de son père à la fin des années 1750.

Puis c’est autour de la 3e génération, Corneille II à Richarville et Louis Charles à Gommerville. Ce dernier, ne prendra pas la suite directe de son père car à sa mort en 1780 il n’a que 19 ans. Il n’attendra pas bien longtemps, et l’intermède de François BARRY ne durera à peine deux ans. En janvier 1782, Louis Charles SAVOURÉ prend ses fonctions de notaire. Il sera le troisième et dernier membre de la famille a exercé à Gommerville jusqu’en 1819. Il fut également maire, sans doute le prestige du notaire, membre important et influent de la communauté villageoise.

La lignée Richarvilloise s’éteindra en même que Louis en 1812, sans successeur.

L’étude de Richarville est la plus importante pour ma généalogie familiale, j’ai retrouvé du côté maternel plus d’une soixante d’actes notariés entre 1750 et 1812. Chacun des 49 articles contenait au moins un acte…un trésor généalogique…Pour compléter les actes de Corneille II ou Louis III je n’ai qu’à aller voir leur cousin Louis Charles. Les différents villages dans lesquels ont vécu se situe dans le triangle Richarville-Etampes-Gommerville et sont desservis par l’un ou l’autre, parfois par les deux selon les périodes.

En bons de notaires de campagne, ils sont itinérants, si ils ont une résidence d’attache, ils n’ont pas la charge d’une seule paroisse. C’est la raison pour laquelle, je retrouve de très nombreux actes pour les branches paternelles de mes grands parents maternels.

Ce ne sont pas les seuls, la plupart des notaires ruraux étaient et se devaient d’être itinérant. Quelques années plutôt en 1736, c’est le notaire de Oysonville, autre trésor du coin, qui est itinérant et sur les mêmes terres que ses collègues

« Je me suis Jacques Guillaume BLANCHET nottaire royal à Oyzonville Mesrobert Authon  Saint Ecobille Congerville rellevances et dépendances et autres lieux sous le principal nottaire royal de la ville et duché d’Estampes résidant audit Oyzonville ». (1)

 

Je n’ai pas pris le temps de différencier les dates d’exercice pour les notaires homonymes mais grâce aux signatures, ce ne devrait pas être très compliqué.

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« Généalogie des signatures » des membres de la famille SAVOURÉ

 

(1) AD91_2E38/1