B…Bancs d’église #ChallengeAZ 2017

Si de nos jours les bancs des églises ne sont pas surpeuplés, au XVIIIe siècle il n’en était pas de même, les places étaient chères. Dans une société où l’église est au centre de la vie collective, les bancs se louaient à l’année !

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 Église Notre-Dame de l’Assomption de Mérobert

Le 13 septembre 1773 est procédé à l’adjudication (1) des bancs de l’église de Mérobert selon la manière accoutumée, à la requête du marguillier, au son de la cloche et en présence de « Maître Patrice ARS prêtre prieur et curé » et de quatorze témoins incarnant  la « plus saine et notable partie des habitants ».

            A cette date, on apprend que de nouveaux bancs sont ou vont être installés dans l’église et qu’ils ont été payé par le marguillier qui sera tenu de reporter les sommes dans son compte de fin d’année. Malheureusement, on n’apprend pas par qui ses bancs sont réalisés, peut-être un menuisier ou un charpentier de la paroisse …

« (…) verballement tenue entre eux il a été authorisé à faire construire des bans dans ladite église, le prix de la construction desquels ainsy que celuy de l’œuvre a été arresté à leurs assemblées et payés en leurs présences par ledit MARCILLE à la charge de l’employé en dépense dans son compte, que ces bans étants payés il est question de les concedder a chacun des habitans et d’en arrester les conditions pour le bien et l’avantage de ladite fabrique (…) »

            Après avoir exposer les formalités de la tenue de l’assemblée et le sujet pour laquelle elle a été convoquée, le notaire expose les conditions de ces adjudications et les  différentes modalités qui en découlent.

« (…) il est question de les concedder a chacun des habitans et d’en arrester les conditions pour le bien et l’avantage de ladite fabrique(…) »

Ces concessions ne sont pas gratuites, les sommes qui vont en être tirées reviennent à la fabrique et permettront d’entretenir l’ensemble des édifices de la paroisse (église, presbytère, mobilier liturgique…).

            Ainsi chaque habitant désirant se voir attribuer une place sur les bancs de l’église paroissiale devra débourser chaque année, le 8 septembre, cinq sols. A cette rente s’ajoute un droit d’entrée, payable une seule fois, le banc sera adjugé au plus offrant :

« (…) lesdits bancs seronts concédez au plus offrant et dernier enchérisseur, moyennant une somme payée comptant, que chaque place dans lesdits bans sera chargée de cinq sols de rente annuelle et par chacun en payé le dimanche daprès la nativité de la Ste Vierge (…)c’est à dire au plus offrant cedder  enchérisseur pour la somme d’entrée et moyennant lesdites cinq sols (…) ».

            Les places situées dans le chœur de l’église sont exemptées après décision collégiale et consentement du prêtre. Il serait  blasphématoire de faire commerce si proche de Dieu ! Contrairement aux bancs de la nef,  la rente due pour chacune des places n’est plus de 5 sols mais adjugée au plus offrant.

« (…) Comme il a été aux frais de ladite fabrique du consentement dudit sieur prieur et habitans fait par ledit MARCILLE des dépenses au chœur pour la descence du service divin, est délibéré et consenty respectivement que touttes les places étant autour d’yceluy (…) il en veut jouir seront concédées au plus offrant et dernier enchérisseur à titre de rente seullement, sans sommes d’entrée (…) ».

Ainsi, un peu plus loin, lorsqu’il est question d’adjuger les vingt et uns bancs (dix « costé de l’Evangille », onze « du costé de l’Epitre ») situés dans le chœur, le prix des rentes est compris entre cinq et onze sols, les places les plus prestigieuses s’arrachent à prix d’or.

« La quatrième conceddé et adjugée à Jean Baptiste PUIS manouvrier pour unze sols de rente qu’il a payé pour la première année dont quittance. La cinquième Louis LIENARD manouvrier pour neuf sols de rente par an dont il a payé la première année dont quittance. (…)La dixième de l’autre costé du pillier près le chancelle concéddée et adjugée à Louis LIENARD pour dix sols de rente de laquelle il a payé la première année dont quittance.

(…)Dans le chœur du costé de l’Evangille

 La première place près les balustre conceddée et adjugée à Jean Louis TREGAULT pour huit sols de rente de laquelle il a payé la première année dont quittance. La deuxième à François BALTHIER pour cinq sols de rente de laquelle il a payé la première année dont quittance (…) ».

C’est aussi dans le chœur qu’une place pour le bedeau est réservée. Celui-ci est charge du bon déroulement des offices, se voit attribuée une place stratégique, à la sortie de la sacristie dans le chœur.

« La première a costé de la porte de la sacristie réservée pour le bedeau. »

Le bedeau n’est pas le seul privilégié par sa charge, le syndic et les chantres le sont également, au centre de l’église entre le chœur et la nef :

« de celles regnantes le long du cancelle (2) qui sont réservées pour les chantres et une pour le sindic »

            Mais revenons dans la nef, dans laquelle le prix de la rente annuelle de la place est fixe, celle des droits d’entrées plus aléatoire.

            A défaut d’un plan d’époque et avant de me procurer le plan actuel de l’église, un joli petit plan schématique, fait à la main sur Excel, permet de situer les différentes sommes des droits d’entrée pour se voir attribuer un banc dans la nef. A noter que les places dans le chœur n’y figure pas ainsi que celles situées dans la Chapelle de la Vierge que je n’ai pas réussi à situer par rapport aux éléments décrits dans l’acte.

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Le banc d’œuvre ou banc de l’œuvre est le banc d’honneur situé dans la nef de l’église en face de la chaire, occupé par les marguilliers, membres de la fabrique ou oeuvre d’une paroisse. C’est souvent le lien de rassemblées des habitants pour délibérer des affaires de l’église, dans le cas présent le notaire se transporte pour rédiger son acte devant celui-ci :

« (…)Je me suis Corneille SAVOURÉ notaire royal (…) transporté avec les tesmoins cy-après nommez au banc d’œuvre de ladite fabrique après que la cloche a cessé de sonner (…) »

Le plan permet de voir que plus on approche de la chaire, du choeur et du prêtre plus le prix est élevé. Effectivement, contrairement à aujourd’hui, l’autel n’était utilisé que pour célébrer l’eucharistie, le sermon était fait depuis la chaire qui surplombait les fidèles.

« (…) En conséquence le premier banc de la nef du costé de l’Epitre de la porte du choeur contenant quatre places a été après plusieurs enchères concédé et adjugé au Sr Robert pour luy, Françoise VILLAIN sa femme Robert et Augustin THIROUIN ses deux enfans, à raison de cinq sols de rente pour chacune place et outre moyennant la somme de douze livres d’entrée (…) »

Les bancs sont adjugés à vie à conditionner de s’acquitter chaque année de la rente de 5 sols. Si une place est devenue vacante suite à un décès la famille du décédé a une sorte de droit de préemption avec un rachat au prorata des droits d’entrée.

« (…) Les pères et mères auront droit de prendre dans leur banc les places qui viendront a estre vacantes par les décès d’anciens de leurs enfants par lesquels ils auroient pris des places ; en payant quinze jours après le décès de celuy qui auroit une place en mains du marguillier, la somme d’entrée au prorata de celles ausquelles ils seront cy-après conceddé, c’est à dire la moittié pour ceux de deux places le tiers pour ceux de trois et le quart pour ceux de quatre et continuer le cinq sols, les enfans qui n’auront point de place, auront le même droit aux décès de leurs pères et mères, frères ou sœurs et faute d’aucuns enfans sans place seronts les places vacantes criées aux plus offrant cedder enchérisseur pour la somme d’entrée, sans augmentation sur les cinq sols de rente et faut par les marguilliers de veiller à ce que aucune places ne soit vacantes (…) ».

Une place pour chacun et chacun à sa place :

            « (…) Jouiront les habitans des bancs et places que leur seronts conceddés pendant les heures du services divin, sans pouvoir faire aucuns changements et continuronts aux charges cy-devant expliquéees tant qu’ils seront vivants et domicilliés dans ladite paroisse, sy après en etre sortys ils reviennent la première place de banc qui se trouvera vacance leur appartiendra sans payer autre somme que les cinq sols de rente, ou sy ils avoient une des place de chœur, ils reprendront pareillement la première vacante en continuant la même rente sans avoir égard au prix de celles qu’ils avoient. (…) »

Si de nombreux habitants ont obtenus une place le 13 setepmbre 1772, et la population ne ne dépassant pas 450 âmes à la fin du XVIIIe siècle, une grande part des habitants semblent devoir rester debout.

Je ne résiste pas à mentionner les places concédées à mes ancêtres maternelles :

« Le septième de quatre place concédé et adjugé à Charles DANIEL maréchal, poyr luy Marie Anne BERJEVIN sa femme, Léonord DANIEL sa fille et pour son premier enfant à naitre, moyennant cinq sol par place de rente et outre huit livres d’entrée qu’il a présentement payé audit MARCILLE avec l’année de rente dont quittance ».

            Charles Antoine Denis DANIEL et Marie Anne BERGEVIN se sont mariés en septembre 1768 dans la paroisse voisine de Chalo-Saint-Mars, leur premier enfant Marie Françoise Éléonore, ci-dessus nommée Léonord, naît le 17 octobre 1771. Pour le « premier enfant à naître », il s’agira de Jean-François DANIEL venu au monde un an plus tard le 9 septembre 1773 à Mérobert. Suivra mon ancêtre Louis Pierre né en 1778 puis Marie Sophie Adélaïde Eulalie et enfin François.

            Charles Antoine Denis décède en 1779, rien ne nous dit si Louis Pierre prendra sa place sur le septième banc de la nef du costé de la chaire comme le voudrait les conditions exposées plus haut (banc coloré en orange sur le plan).

Il y aurait encore tant de choses à dire sur les places du chœur, de la chapelle de la Vierge, les professions qui les occupent mais ma quête ne fait que de commencer. J’aurai l’occasion de reparler des assemblées d’habitants, du syndic, des marguilliers dans d’autres lettres mais pour la lettre C, nous reviendrons à l’individualité avec Anne.

  Petit indice : elle avait 7 maisons.

 

(1) Acte passé devant Corneille SAVOURE, AD91_2E37/18

(2) Chancel (orthographe correcte) : grille, balustrade à jour, ordinairement en métal, en pierre ou en bois qui est placée dans une église autour du chœur ou du sanctuaire.

 

 

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