H…Honneur #ChallengeAZ

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A tout seigneur, tout honneur !

Entrons dans le domaine des représentations sociales du XVIIIe siècle.
Au programme : injure, calomnie, diffamation mais aussi renommée, dignité, intégrité.

Les actes de réparation d’honneur devant notaire nous en apprennent sur la place de l’honneur et de la réputation sous l’Ancien-Régime…Mais qu’est-ce que c’est

Réparation d’honneur : dédommagement d’un préjudice par la personne responsable, soit en rétablissant la situation antérieure, soit en versant une somme d’argent.

 

Le but d’un tel acte est donc de réhabiliter une personne qui par paroles ou par actions a été atteint dans sa dignité et surtout diffamé aux yeux de tous.

Le 30 mars 1763, devant notre bienaimé Me SAVOURÉ, l’honneur d’un homme est saine et sauve (1).

Le délit ? Atteinte à la réputation.

L’arme de crime ? Une chanson.

La victime ? Un curé.

Le coupable ? Un paroissien.

Jacques VINCENT, curé de Grandville réclame des excuses de la part de Pierre BROSSET, ouvrier en laine dans la même paroisse. Celui-ci, compositeur a ses heures, a écrit une chanson vantant les mérites du bon pasteur ou presque…

L’acte de réparation fait suite à une plainte faite devant la justice seigneuriale.

«Aujourd’huy trente mars mil sept cent soixante et trois après midy.
Pardevant Louis SAVOURÉ notaire royal au baillage d’Estampes résident à
Gommerville soussigné et tesmoins ci après nommés est comparu Pierre
BROSSET ouvrier en laine demeurant à Grandville, lequel a dit que sur
l’assignation qui luy auroit été donné  à la requeste de Me Jacques
VINCENT curé de la parroise de Gaudreville le seize janvier mil
sept cent soixante deux, par exploit de DELAPORTE huissier, controllé à
Angerville le dix huit dudit mois pour voir dire que
deffense luy seroient faites de plus à l’avenir chanter ni débiter dans
le publique la chanson calomnieuse que ledit sieur curé prétend qu’il a
composée contre son honneur et pour l’avoir fait être condamné de
reconnoitre ledit sieur Curé pour homme d’honneur et de probité et ne
méritant nullement les qualifications odieuses à lui imputées par
laditte chanson (… ) »

Qu’est-ce que l’on aimerait connaître cette chanson, des recherches approfondies dans les archives judiciaires la dévoileraient certainement..

L’acte de réparation fait suite à une plainte faite devant la justice seigneuriale. Ce qui souligne l’importance de l’atteinte à l’honneur. Le curé ne passe pas devant la justice pour du matériel, pour un quelconque vol mais pour une dégradation de son image, une chose immatérielle, morale. Il rend la chose publique

 « (…), ainsi que le tout est au long expliqué par la plainte
dudit sieur curé rendue à M. le Bailly du Baillage de Grandville le
quinze janvier mil sept cent soixante deux, il seroit intervenu sentence
audit baillage de Grandville le vingt trois du présent mois, par
laquelle ledit comparant auroit été condamné envers ledit sieur curé
pour tous dépens, dommages et interest aux frais et dépens de l’instance
et deffenses auroit été fait audit comparant de plus à l’avenir chanter
ni faire chantier laditte chanson sous telle peine qu’il appartiendra
que pour éviter ledit comparant les frais de l’exécution de
laditte sentence et reconnoissant le tort qu’il a eu de composer
laditte chanson contre l’honneur dudit sieur curé de l’avoir
chantée et débitée dans le publicq (… ) »

La publicité de l’affaire est renforcée par les excuses qu’il demande à Pierre BROSSET. Celles-ci doivent se faire devant le plus grand nombre des habitants de la paroisse ; des excuses publiques permettant de réhabiliter le prêtre.

« (…)il s’est transporté par devers
ledit sieur curé ou étant en présence de François QUINTON, Jean
LEBLANC maneuvriers, Etienne BABAUX maître d’écolle, François
LAGNEAU ouvrier en laine, Hugues MULARD le jeune maçon couvreur
et Joseph LEBLANC aussi ouvrier en laine.
Tous habitans de ladite parroisse de Grandville y demeurans, il a
demandé excuse audit sieur VINCENT curé et déclaré qu’il le
reconnoit pour homme d’honneur, de probité et ne mérittant nullement
les qualifications odieuses à luy imputées par la chanson dont est
question, promettant de ne plus à l’avenir la chanter ni faire
chanter sous telle peine qu’il appartiendra (… ) »

L’acte semble pas être la conclusion de la procédure civile mais un moyen d’y mettre fin, un petit arrangement entre gens de bonne foi.

« (…), lequel sieur VINCENT
à ce présent a bien voulu admettre l’excuse dudit BROSSET et
consent de cesser touttes poursuites contre luy au moyen de l’exécution
des présentes, et à condition que ledit BROSSET n’attaquera plus à
l’avenir directement ni indirectement son honneur et réputation
et encore à la charge que ledit BROSSET luy remboursera la somme
de cinq livres dix sols pour tous frais et déboursés qu’il a
fait jusqu’à ce jour à l’occasion de la demande formée par
l’exploit susdatté, lesquels frais et déboursés ont été présentement
payé par ledit BROSSET audit sieur curé qui le reconnoit et en est
content dont quittance. S’oblige en outre ledit BROSSET de
payer le coust des présentes et de l’expédition qu’il en remettra
à ses frais sous quinzaine au plus tard audit sieur curé à peine (… ) »

 

Autre exemple d’acte de réparation d’honneur, le 1er mars 1774, pour une tout autre affaire (2).

Le délit ? Diffamation

Le crime ? Suspicion de vol.

La victime ? Un cardeur de laine.

La coupable ? Un marchand de bas.

Nicolas LARJOU est suspecté par Jacques BAILLARD de lui avoir volé une ruche.

 « (…)Furent présents Jacques BAILLARD marchand
de bas demeurant à Baudreville d’une part.
Et Nicolas LARJOU cardeur demeurant audit Ormeville parroisse
dudit Baudreville d’autre part.
Disant lesdites parties que par exploit de TUPPIN huissier royal
demeurant à Angerville en datte de ce jourd’huy controllé à Angerville le
même jour par TESSIER ledit LARJOU a fait assigner ledit BAILLARD a
comparoir au premier jour d’audience pardevant M. le Lieutenant
Général au Baillage d’Estampes pour voir dire que deffenses luy seront
faites de ne plus à l’avenir flétrir l’honneur et la réputation dudit LARJOU
et l’accuser calomnieusement de luy avoir volé un panier à mouches
dans son jardin le dimanche vingt février dernier (… ) »

Les excuses devront également être publiques. Ainsi le plus grand nombre pourra témoigner de la bonne foi et de l’innocence de Nicolas LARJOU.

« (…)qu’il sera tenu de
le reconnoitre homme d’honneur et de probité et non taché des
injures et calomnies et non capable de vol ci dessus et
mentionnés enla plainte dudit LARJOU du vingt huit février dernier, et ce en
présence de six notables habitants de ladite paroisse de Baudreville
que désirant lesdites parties arrester le cours de cette procédure qui
pourroit occasionner des frais considérables voulant vivre en paix
et union (… ) »

Cette fois encore, l’acte de réputation d’honneur met fin à la procédure entamée et les frais d’instruction sont remboursés au plaignant.

« (…), la plainte rendue par ledit
LARJOU pardevant mondit sieur le Lieutenant Général au baillage
d’Estampes et l’assignation qui a été donné en vertu d’iceluy
demeures nulles comme non fait ni avenus. Et pour tous les
frais dépens, dommages et intérest ledit BAILLARD a présentement
payé audit LARJOU la somme de douze livres que ledit LARJOU
a pris et receu et en tient quitte ledit BAILLARD, à la charge par
iceluy BAILLARD comme il si oblige de remettre une expédition
des présentes audit LARJOU sous huitaine de ce jour (… ) »

 

Tout est bien qui finit bien. Nicolas LARJOU, comme le curé de Grandville, est rétablis dans leur dignité et aux yeux de tous…au moins officiellement.

A la lecture de ces actes, je me suis posé les questions théorico-philosophiques suivantes :

De tels actes n’atteignent-ils pas, en fin de compte,  l’honneur de ceux qui ont atteint l’honneur du réhabilité ? Le diffamé deviendrait-il le diffamateur ? (Vous avez 4h !)

 

A demain pour la lettre I…Petit indice : Problème d’infiltration…

 

 

(1) AD28_2E37/181

(2) AD28_2E37/192

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2 réflexions sur “H…Honneur #ChallengeAZ

  1. Pingback: Z..Ze end ! #ChallengeAz | Les épis de Beauce

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