De la Picardie à la Beauce – Louis Auguste Triomphant PECQUEUX, l’ancêtre Belge

Ma grand-mère m’a souvent dit que ses ancêtres paternels étaient originaires de Belgique. Qui, où, quand, comment, pourquoi? Aucune réponse, cela tient davantage à la légende famille que l’on se transmet de génération en génération. Un peu d’exotisme dans la famille, ça marque toujours plus les esprits. Je suis donc partie à la recherche de ces  aïeux venus du Plat Pays.

Générations après générations jusqu’au début du XVIIIe rien, aucune trace ni du côté maternel, ni du côté paternel de mon arrière-grand-père. Tout le monde est né, a vécu et est décédé en Beauce, tous sauf… Adélaïde Apolline PECQUEUX née en Picardie en 1826 et arrivée en Beauce à l’adolescence.

Finalement si c’était elle, l’ancêtre belge ? Un accent différent, quelques jours de routes et voilà que la Picardie devient la Belgique dans l’esprit du Beauceron bourru ! Comme quoi les légendes familiales ne tiennent pas à grand-chose.

Si Adéläide Appoline a fait sa vie aux frontières de la Beauce et de l’Hurepoix à Sainte-Mesme dans les actuelles Yvelines, c’est son père Louis Auguste Triomphant qui est arrivé le premier.

Dans mes recherches sur les « Venus d’Ailleurs », je tente de retracer et comprendre la vie de ses ancêtres partis de leur région natale pour venir s’installer en Beauce, Louis Auguste Triomphant PECQUEUX est l’un d’eux. On l’appellera désormais Triomphant, vous voyez un peu comme l’homme venu conquérir une région (bien que son prénom usuel semble plutôt être Louis Auguste). Retracer sa vie, connaître les raisons qui l’ont poussé à quitter sa Picardie natale et à venir s’installer dans le Grenier à Blé de la France. Pour cela il a fallu croiser les sources, les mettre en relations pour y trouver des réponses, élargir les champs de recherches et ne pas se cantonner seulement aux registres d’État-Civil. C’est ainsi que j’ai pu retracer de sa vie, une vie en trois temps.

En guise de préambule, la ligne de vie de Triomphant PECQUEUX dressée au fur et à mesure des recherches et qui s’avère un outil, sinon indispensable, d’une grande clarté et bien synthétique (3).

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Ligne de vie de Louis Auguste Triomphant PECQUEUX

On appréhende ainsi mieux les événements, les absences et permet de se poser de nombreuses questions.

1. 1800-1836 – Le Picard

Triomphant, donc, est né en 1800 à Vaire-sous-Corbie, il est le fils unique (jusqu’à preuve du contraire) de Pierre, tisserand et d’Appoline MARESELLE, fileuse de laine.

Vaire est situé à l’est d’Amiens, le long du canal de la Somme, dans une région où une grande partie de la population vit du travail de la laine, du tissage de toile et de la fabrication de toutes sortes d’articles de bonneterie (1) et plus particulièrement de bas.

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Carte de Cassini – Région de Corbie

La famille de Triomphant en est un bon exemple, chaque génération a son lot de fileuses et de fabricants ou faiseurs de bas.

Il se marie en 1824 avec Caroline LEFÈBVRE, fille d’un gros fermier du village voisin. De cette union, que l’on espère heureuse, naissent trois enfants : Édouard Hyacinthe en 1825, Adélaïde Appoline en 1826 et Marie Léocadie en 1829.

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Descendance PECQUEUX-LEFÈBVRE

Jusqu’à là, rien de notable dans la vie de cette famille, en tout cas rien qui n’est révélée par les différentes archives à notre disposition. Celles-ci nous indique que Triomphant est tantôt fabricant de bas, tantôt commerçant. Commerçant, oui mais de quoi ? Fait-il le commerce dans le secteur de la bonneterie ? A-t-il son affaire ou travaille-t-il pour un « grossiste » ?

Triomphant semble jouir d’une situation économique confortable, il fait partie des 59 électeurs de la commune dès 1831 et est soumis à l’imposition ; le suffrage étant alors censitaire et donc le droit de vote limité aux hommes imposables.

Chaque année, nous le retrouvons payant de 15 à 30 francs de contributions directes, ce qui nous permet de le pister, de connaître sa profession ou plutôt ses professions. Il est tout d’abord mentionné comme ménager en 1831, c’est à dire petit agriculture exploitant sa terre, l’année suivante on le retrouve en tant que badestamier (3).

En une dizaine d’année, on ne lui connaît pas moins de 4 professions…j’opte plus pour une multi-activité, travaillant la terre et la laine à différentes époques de l’année ou de la journée, se déclarant lorsque nécessité se fait, de l’activité du moment.

A la fin de l’année 1832, un premier événement vient bouleverser la famille… Caroline LEFÈBVRE décède à la fin de sa trentième année, laissant les trois enfants aux soins de leur père.

Absent de la liste électorale de 1833, il y est inscrit sur celles de 1834 à 1836, où il est ménager puis badestamier. C’est l’année 1836 qui marque une véritable rupture dans sa vie, c’est l’année du départ, le commencement d’une nouvelle vie loin de sa Picardie natale.

2. 1836 – Le départ

Triomphant figure en bonne place sur la liste électorale de Vaire-sous-Corbie datée du 8 janvier 1836, mais lorsque vient le recensement de la population deux mois plus tard, il n’est plus présent à l’inverse de ses trois enfants domiciliés chez leur grand-mère.

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AD80_6M774 – Recensement de Vaire-sous-Corbie (1836)

Est-il déjà parti ? Où se trouve-t-il à en mars 1836 ?

Quelques mois plus tard, on le retrouve à Sainte-Mesme en Seine-et-Oise dans le premier recensement de population datant du 14 juillet 1836 et il est accompagné de son fils Hyacinthe Édouard alors âgé de 11 ans au domicile de Monsieur et Madame DUJONCQUOY.

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AD78_9M877 – Recensement de Sainte-Mesme (1836)

Le jeune Hyacinthe Édouard est-il arrivé après son père une fois celui-ci installé, donc entre mars (recensement de Vaire sur lequel il est présent) et juillet 1836 (recensement de Sainte-Mesme)?

A la première question : quand est-il parti, les listes électorales et les recensements de population permettent d’en déduire qu’il serait arrivé à Sainte-Mesme entre janvier et juillet 1836. Le recensement de Vaire-sous-Corbie nous indique qu’il aurait quitter son village avant mars, mais était-il déjà arrivé à Sainte-Mesme ?

Après quand ? vient le pourquoi ? Pourquoi a-t-il quitter sa vie picarde qui ne semblait pas si misérable pour atterrir en Beauce ?

C’est la question la plus passionnante mais également la plus compliquée, nous n’aurons jamais de réponses exactes, ni connaîtrons les motivations profondes de Triomphant mais quelques hypothèses sont envisageables.

Quittons un temps la famille PECQUEUX pour nous intéresser à l’histoire locale et à un secteur d’activité qui pourrait nous en dire un peu plus sur les raisons du départ et de cette migration : la bonneterie et plus particulièrement la fabrication et la confection de bas de laine et de coton.

La Somme, terre natale de Triomphant PECQUEUX est une région productrice de textile et de toutes sortes d’articles à base de laine, il n’est pas anodin que son point d’arrivée soit également une région où la laine tient une place importante dans les productions manufacturées.

Arrêtons-nous un moment sur l’histoire pré-industrielle du Nord de la Beauce, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris.

Sainte-Mesme, point de chute de notre voyageur est une commune voisine de Dourdan qui est l’un des fleurons de la production du bas de laine et de soie en France  aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Cette petite ville royale, capitale historique de l’Hurepoix, jouit avec 16 autres grandes villes du Royaume d’un privilège autorisant la production au métier de toutes sortes d’ouvrages en soie, laine, fils ou coton conforté par un arrêt du Conseil d’État du Roi en mars 1700 (4).

Mais cette industrie périclite au cours de la seconde partie du XVIIIe avec la fin des privilèges et le développement des mêmes activités dans des régions productrices de soie et plus particulièrement dans le Languedoc. Au même moment, se développe non loin de Dourdan, une bonneterie tout d’abord sous une forme proto-industrielle puis industrielle à partir de la première moitié du XIXe siècle.

Si la production de Dourdan était davantage tournée vers la soie, celle de la bonneterie de Beauce était pratiquement faite que de laine, profitant de la présence d’importants troupeaux d’ovins, le coton faisant progressivement son apparition mais semblant rester en marge.

Le système proto-industriel de la bonneterie de laine dans la Beauce reste encore peu étudié mais il est certain qu’il repose sur une économie bien rodée : les marchands de bas, souvent gros laboureurs, détiennent le capital qu’ils investissent dans de la laine pure qu’ils distribuent à la population locale qui la transforme. La laine est distribuée dans les foyers pour être préparée par une armée de cardeurs et peigneurs de laine puis transformer par les tricoteuses, les fouleurs et les apprêteurs de bas payés à la tâche. Une fois terminés, les paires de bas sont récupérés par les marchands qui s’occupent de leur commercialisation.

Du déclin de l’industrie dourdannaise, les quelques foyers de Sainte Mesme vivant du travail des bas de soie sont privés d’emploi et reviennent aux travaux de la terre ou à l’artisanat.

Dans les années 1780, un homme philanthrope souhaite venir au secours de la population qui semble être dans une situation économique fragile. Charles François LEBRUN imminent politique et homme de lettres, député du Tiers-État, nommé Troisième Consul sous le Consulat, financier avant tout et homme d’entreprise achète des domaines à Sainte-Mesme qu’il transforme en filature de laine et de coton ainsi qu’une manufacture de toile destinée à l’impression.

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Charles François LEBRUN (1739-1824)

Les manufactures (ateliers et foyers) couvraient tout le territoire de la commune et s’étendaient jusqu’à Dourdan. Quelques métiers étaient réservés à la bonneterie mais rien de semblable à la production du début du XVIIIe siècle.

Son entreprise emploie quelques centaines de personnes qualifiées ou polyvalentes et se dote de la deuxième machine à vapeur construire en France vers 1806.

Mais la prospérité du début ne dure guère, dès 1813 les affaires vont mal, les débouchés n’étant pas à la hauteur des attentes, l’homme fort du Ier Empire est contraint de se séparer d’un bon nombre de ses ouvriers. Les différentes stratégies visant à sauver l’entreprise furent vaines et la société dut se résoudre à sa liquidation et sa dissolution en avril 1836.

Le souvenir de Charles François LEBRUN demeurera, il donnera son nom à la plus importante de ses manufactures, celle de « Ville-Lebrun », qui reste aujourd’hui encore un hameau de Sainte-Mesme, nommé Villebrun.

Tous ne connurent pas les déboires des successeurs du Duc de Plaisance (décédé en 1824). A Pussay, une famille de marchands de bas, présente depuis 1766, s’était issue au niveau de la bourgeoisie entrepreneuriale à force de beaux mariages et de réseaux commerciales forts. La société DUJONCQUOY est fleurissante et ne demande qu’à se développer au début des années 1830.

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Carte de Cassini – Implantation des manufactures DUJONCQUOY

En 1834, Charles Alexandre DUJONCQUOY, tout en conservant son entreprise de Pussay, installe à Sainte-Mesme une première fabrique de bas de laine profitant de la force motrice d’une petite rivière et du déclin de celle de Charles François LEBRUN.

Fort à parier qu’il récupère une bonne partie des ouvriers de son concurrent contraints au chômage technique. Doter d’une expérience dans le domaine, son activité est prospère et reprend l’activité de la manufacture de Monsieur LEBRUN dès 1835.

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AD78_3P 2/282/06 – Bâtiments de la filature sur le cadastre de Sainte-Mesme (1824)

Alors domicilier à Pussay, les DUJONCQUOY s’installent à Sainte-Mesme et font venir avec eux certains ouvriers de Pussay à l’instar de la famille POQUET dont Louis François épousera Adélaïde PECQUEUX, la fille aînée de Triomphant. Louis François, fileur de laine à Sainte-Mesme, né à Pussay en 1826 dont le père ouvrier en laine et teinturier, est arrivé quelques temps après à Sainte Mesme, ses frères sont ouvriers bonnetiers et contremaîtres.

Vous ai-je déjà dit que Louis Auguste Triomphant PECQUEUX travaillait aussi dans la laine ?

C’est donc dans une région riche d’une tradition de tricotage et de confection de bas en plein essor que Louis Auguste Triomphant PECQUEUX pose ses bagages.

Triomphant a certainement saisi une opportunité professionnelle. Si il vient là, c’est qu’il y a du travail, un travail durable et qui plus est à la pointe de la technologie. Mais comment a-t-il su qu’une telle opportunité se présentait aussi loin de sa Picardie natale ?

Si l’on sait désormais quand il est arrivé à Sainte-Mesme et dans quel milieu il atterrit, on ne sait pas encore dans quelles conditions.  Comment a-t-il su qu’une opportunité pouvait se présenter ? Comment est-il arrivé ? Était-il seul ?

Deux hypothèses sont possibles et peuvent aisément se compléter :

  • 1ère hypothèse : des relations commerciales en la Beauce et la Picardie

La première, est celle de relations commerciales fortes qui auraient pu exister entre l’entreprise DUJONCQUOY et la Picardie. Y achète-t-elle de la laine, le stock de Beauce ne suffisant pas? Vendait-elle sa production au nord de Paris ? Les DUJONCQUOY en partant pour Sainte-Mesme, accompagnés de certains de leurs ouvriers, font-ils également venir une main d’œuvre plus qualifiée et spécialisée de Picardie ?

  • 2ème  hypothèse : une trajectoire familiale

J’ai longtemps cru que Triomphant était arrivé seul avec son fils à Sainte-Mesme mais après quelques recherches, il faut substituer au parcours individuel, un parcours qui semble familial.

En feuilletant les registres d’État-Civil de Sainte-Mesme et les recensements de population, un patronyme peu courant dans la région m’a interpellé car très récurrent à Vaire-sous-Corbie. En 1866, s’est marié un certain Florentin Théodule MARESSELLE, né à Corbreuse, commune voisine de Sainte-Mesme. Vous ai-je dis que Madame PECQUEUX mère est née MARESSELLE ? Elle n’est autre que la tante de son père et la sœur de son grand-père…vous êtes perdus ? Pas de panique, un arbre, deux branches et tout est réglé !

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Lien de parenté entre Triomphant PECQUEUX et Jean-François MARESSELLE

Jean-François MARESSELLE, père de Florentin et cousin-germain de Triomphant PECQUEUX est lui aussi venu de la Somme jusqu’en Seine-et-Oise. Son mariage a été enregistré en 1837 à Corbreuse sur lequel il est mentionné qu’il est né en 1815 à Vaire-sous-Corbie et domicilié à Saint-Mesme…Est-il arrivé en même temps que Triomphant ? Ont-ils fait le chemin ensemble ?

Je n’en suis pas sûr. En effet, au recensement de Vaire-sous-Corbie de 1836, Jean François MARESSELLE y est encore présent, alors que Triomphant est déjà parti. Est-ce lui qui est venu avec Édouard Hyacinthe PECQUEUX ? Il est cependant absent du recensement de 1836.

Triomphant, parti le premier a-t-il ensuite appelé son cousin dans la région où il y avait quelques opportunités de travail ? A-t-il été le premier a prospecté et tenter sa chance ?

Ce n’est pas certain non plus… Au hasard de quelques recherches dans les archives du notaire de Lamotte, canton de Corbie dans la Somme, je suis tombé sur des actes de ventes de terres passés par le mandataire d’un certain Pierre CAMUS demeurant à… Villebrun, commune de Sainte-Mesme.

« Pierre CAMUS mécanicien et de dame Marie Louise Joséphine LEFEBVRE demeurant ensemble à Villebrun département de Seine-et-Oise et précédemment à Paris » (5)

« Pierre CAMUS filateur de laine et de dame marie Louise Joséphine LEFEUVRE sa femme demeurant ci-devant à Villebrun département de Seine et Oise et actuellement à Chartres en Beauce »  (6)

Mais qui est ce Pierre CAMUS ? A première vue, personne de connu, un nom qui n’est pas familier, mais celui de sa femme un peu plus. Il s’agit du nom de la femme de Triomphant, Caroline LEFEBVRE… Ni une, ni deux, je retourne faire un tour dans l’Etat-civil de Vaire-sous-Corbie rechercher une parenté. Ils s’y sont mariés en 1830 et Marie Louise Joséphine n’est autre qu’une cousine germaine de Caroline. Un enfant mort-né naît en 1833 puis plus aucune trace d’eux à Vaire-sous-Corbie.

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Lien de parenté entre Pierre CAMUS et  de Pierre LEFÈBVRE

Direction les registres de Sainte-Mesme dans lesquels on trouve en janvier 1835 la naissance d’une certaine Léonie Philippine CAMUS fille de Pierre « contremaître à la fabrique de bas de Ville-Lebrun » et de Marie Louise Joséphine LEFEBVRE.

Quel hasard… Pierre CAMUS occupe le même poste que Triomphant PECQUEUX un an plus tard…Grâce aux actes notariés trouvés dans la Somme, on sait qu’il demeure avec sa femme dès mai 1835 à Chartres…Il aurait donc été présent à Sainte-Mesme entre 1833 et 1835, période qui coïncide à l’installation de la première fabrique des DUJONCQUOY dans la commune. Son poste libéré avec son départ pour Chartres, a-t-il fait appel au cousin de sa femme pour le remplacer ?

C’est une hypothèque qui me semble très plausible. Si on résume le parcours de ses trois hommes et du fils de Triomphant, on peut en déduire l’ordre chronologique de leurs arrivées à Sainte-Mesme ou dans la région depuis Vaire-sous-Corbie.

a. Pierre CAMUS : septembre 1833 – janvier 1835

A ce stade de mes recherches, c’est Pierre CAMUS qui est parti le premier, bien que non originaire de Vaire, il y épouse une femme qui y est née et on imagine très bien les relations qui peut exister avec les habitants. Originaire des Ardennes, il semble être installé à Paris lors de son mariage, puis habite à Vaire-sous-Corbie, Sainte-Mesme puis Chartres. D’après le mariage de sa fille retournée à Vaire-sous-Corbie en 1863, il est décédé à Paris à une date inconnue. Est-ce lui qui est les premier a avoir eu l’opportunité de venir travailler à Sainte-Mesme ? Si oui par quel biais ? Difficile de le savoir.

b. Louis Auguste Triomphant PECQUEUX : 8 janvier 1836 – 14 juillet 1836

En deuxième position, Triomphant aurait pris la suite de Pierre CAMUS, celui-ci lui ayant passé le flambeau, flairant le bon filon malgré la charge de sa mère et de ses enfants. Le départ ne dut par être facile. A-t-il pris la place de Pierre CAMUS, celui-ci ayant eu d’autres projets à Chartres où il demeure à cette époque ?

c. Edouard Hyacinthe : 18 mars 1836 – 14 juillet 1836

Certainement arrivé après son père, il est présent sur les recensement de deux communes.

dJean François MARESSELLE : 14 juillet 1836 – 9 janvier 1837

Enfin, Jean-François, le cousin âgé d’à peine 20 ans, encore célibataire, sans enfant, a-t-il suivi les traces de son cousin pour trouver une vie meilleure ou en vivre une autre ailleurs qu’auprès des siens ?

Louis Auguste Triomphant n’est donc pas un cas unique dans la migration certainement économique qu’il a entrepris. Si il est certain que certains membres de sa famille lui ont donné l’exemple ou on suivit le sien à l’instar de ces deux hommes retrouver dans la même région, il n’est pas impossible qu’il y en est d’autres. Pour le moment, je ne pense pas qu’il s’agissent d’une émigration de masse vers un Eldorado économique ou professionnelle comme ont pu la connaître les maçons de la Creuse.

 

3. 1836-1859 – Le Beauceron

Après 1836, la manufacture ne cesse de se moderniser et Triomphant s’implante progressivement à Sainte-Mesme. Au recensement de juillet 1836 il est indiqué comme « faiseur de bas au métier et contremaître » vivant au domicile de Monsieur et Madame DUJONCQUOY, ses patrons avec son fils.

Qu’en est-il de cette position de contremaître, qui est synonyme de chef d’atelier, en plus de son savoir-faire, possédait-il un métier à Vaire ? Il n’est donc pas arrivé comme simple ouvrier comme une grand partie des ouvriers présents à Sainte-Mesme originaire de Pussay. Les DUJONCQUOY étaient-ils à la recherche d’hommes qualifiées pour encadrer la main-d’œuvre locale ?

Au recensement de 1841, ses trois enfants et sa mère sont domiciliés avec lui à Sainte-Mesme. Étant fils unique, on imagine bien que sa mère n’ait pas eu le choix de partir pour le rejoindre. Il est difficile de savoir à quel moment la grand-mère et ses petits-filles, qui vivaient avec elle depuis 1836, sont arrivés à Sainte-Mesme. L’intervalle de 5 ans est difficilement réductible faute de sources trouvées.

AD78_Recensement 1841 Sainte Mesme 1:2

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AD78_9M877 – Recensement de Sainte-Mesme (1841)

Avec l’arrivée de sa famille à Sainte-Mesme, on voit bien la volonté de s’installer définitivement dans la région et ne jamais revenir dans son village natale. C’est la même logique que les maçons de la Creuse, qui sur le chemin des grandes villes, se sont mariées avec des « filles du coin », ont fait souche et n’en sont jamais repartis.

En 1842, il semble véritablement intégrer à la commune en épousant une « locale », Marie Louise CHEVALLIER avec qui il aura 3 filles.

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Descendance PECQUEUX-CHEVALLIER

Quelques années plus tard, en 1849 et 1850, il vend ses parts dans une maison et des terrains situés à Vaire-sous-Corbie, lui étant advenu après le décès de son fils en 1849. Celui-ci les ayants reçus avec ses soeurs consanguines de leur grand-père maternel.

Cette intégration dans son nouveau village, semble réussie dès son arrivée à Sainte-Mesme ; Triomphant paraît très lié à ses nouveaux patrons Charles Alexandre DUJONCQUOY, son épouse Marie Joséphine POTHEAU, leurs fils Charles Alexandre et Paul Amable ainsi que d’autres membres de la famille.

Dès son arrivée en 1836, il demeure chez eux avec son fils aux côtés de leurs quatre fils et de quelques domestiques et partagent les moments les plus importants de leur vie. Différents membres de la famille sont témoins aux événements de la famille PECQUEUX, ainsi un cousin du patron est témoin et « ami » au décès d’Appoline MARESSELLE la mère de Triomphant. Charles Alexandre DUJONCQUOY et son fils Paul Amable, sont les témoins de Triomphant à son mariage en 1842, à celui de sa fille Appoline en 1850, ainsi qu’au décès d’une autre de ses filles en 1851.

x PECQUEUX Louis Auguste Triomphant et CHEVALIER Marie Louise 27.7.1842 Sainte-Mesme 6:6.png

AD78/1123922_Acte de mariage PECQUEUX-CHEVALLIER

Mais c’est de Paul Amable, cadet de Triomphant de seize ans, qui semble le plus proche des DUJONCQUOY. Il est témoin et « ami » à cinq des sept naissances de ses enfants entre 1844 et 1857 à Sainte-Mesme.

Paul Amable, devenu maire de Sainte-Mesme dès 1848, est le tuteur de Louise Adelphine, fille mineure de Triomphant à son décès en 1859. Ultime preuve de son encrage dans sa région d’accueil, il rentre au sein du Conseil municipal auprès de son ami à partir de 1850 et vote en autre l’installation d’une nouvelle machine à vapeur à la fabrique de Villebrun en 1855.

84E-Dépôt 2 Délibérations du Conseil municipal Sainte Mesme - Etablissement d'une nouvelle machine à vapeur 16.9.1855 p261

84E-Dépôt 2 Délibérations du Conseil municipal Sainte Mesme - Etablissement d'une nouvelle machine à vapeur 16.9.1855 p262

AD78/84E-Dépôt 2 – Délibération du Conseil municipal de Sainte-Mesme du 16 septembre 1855

 

Malgré l’installation définitive de Louis Auguste Triomphant PECQUEUX à Sainte-Mesme il n’oublie son village natale et y reste très lié ainsi que ses descendants. Les liens semblent encore très étroits avec la Picardie. Sa petite-fille Léocadie POQUET, veuve de Michel Ernest DANIEL, se remarie avec Honoré DESVIGNES natif de Vaire-sous-Corbie et son fils Isidore DANIEL épouse également une fille du pays en 1905 à Vaire.

 

 

(1) Selon le Dictionnaire universel du commerce de Savary des Brûlons « On appelle Ouvrage de Bonneterie ou marchandise de bonneterie, les bonnets, les bas et autres marchandises et ouvrages de cette nature que les marchands bonnetiers ont la faculté de vendre et de faire fabrique ». Si la bonneterie vous intéresse encore plus, je vous invite à lire son développement passionnant qu’il fait sur la profession.  Il en va de même pour tous les secteurs commerciaux et artisanaux, pour en connaître plus sur le fonctionnement et la profession d’un ancêtre c’est une bible.

(2) Je vous invite à lire l’article consacré par Marion à ce métier méconnu sur son blog

(3) Mon but premier était de réaliser une frise chronologique, type TimeLine en suivant les bons conseils de D’aïeux & d’ailleurs … mais j’ai vite abandonné d’une part parce que j’ai du mal à générer une frise correcte avec moins d’une dizaine de tentative et d’autre part, si le résultat est tout beau et visuelle, il n’est pas pratique à la lecture. Je contente de la première étage.

(4) Bulletin de la Société Historie de Dourdan en Hurepoix, « La fabrication des bas à Dourdan », n°46 et 48 (déc. 2003- juin 2004, déc. 2004-juin 2005)

Bulletin de la Société Historie de Dourdan en Hurepoix, « Histoire de Ville-Lebrun », n’°16 (juin 1986)

(5)AD80 3E8791 – 7.5.1835

(6) AD80 3E8791 – 2 actes des 8 mars 1836, 24.5.1835

Pour l’histoire de Pussay

FIRON Anne-Marie, Pussay, ses seigneurs, ses manufacturiers, ses villageois, 1995 Editions Amattéis + site internet consacré http://www.pussayetsonpays.fr/

 

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