G…Grange #ChallengeAZ 2017

Une vente un peu particulière se déroule le 21 septembre 1786, en la ferme de la Gendarmerie, paroisse de Méréville, entre mon ancêtre Jean BOUDET (1716-1794), sa femme Françoise BABAULT (1725-1793) et le régisseur des terres du baron et vicomte de Méréville (1).

« (…) Furent présents Jean BOUDET l’aîne laboureur et
Françoise BABAULT sa femme qu’il authorise aux effets
suivant demeurans en la ferme de la Gendarmerie (…)
A Mre Jean-Joseph DELABORDE écuyer
Vidame de Chartres, marquis de la Borde, haute châtelanie
baron et vicomte de Méréville, seigneur du bourg
St Père, Glaire, Montreau, Villeneuve-le-Boeuf,
Angerville-la-Gâte, Autruy, Etouches, St Escobille,
Bouthervilliers, Mérobert, et autres lieux, gouverneur
pour le roy de la ville de Casseneuïl et demeurant
ordinairement à Paris rue d’Artois paroisse St
Eustache, absent stipulant Sr François LION régisseur
des terres et seigneuries de Méréville demeurant si présent et
acceptant acquéreur pour ledit seigneur DELABORDE (…) ».

Jean-Joseph DELABORDE est un riche banquier qui a exercé son activité sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, il achète en 1784 le domaine de Méréville. Il s’entoure des meilleurs architectes et paysagistes pour embellir le château et créer un immense parc agrémenté de jardins à l’anglaise, de constructions ornementales (ruines factices, colonnes…) ou de plans d’eau. Il s’installe complètement à Méréville en 1790 jusqu’à sa mort sous la guillotine en 1794.

2fi110-031_méreville. le château

Vue du Château de Méréville

AD91_2F1_110  (p11/180)

2fi110-041_méreville. vue générale du parc de méréville

Vue du Parc du Château

AD91_2F1_110 (p20/180)

L’objet de la vente est une grange toute proche de la ferme tenue par Jean BOUDET.

« (…)La grange d’un espace couverte de chaulme
appartenant aux vendeurs située derrière et au nord et près des
bâtimens et héritages de la ferme de la Gendarmerie en cette paroisse
de Méréville avec le terrein droit et passage en ce qui dépend
de ladite grange devant et derrière, tenant d’une part au nord
vers la porte d’entrée et terrein a une espèce de sente ou charrière
qui est le long du coteau en descendant. D’autre part du midy
les héritages et dépendances de ladite ferme de la Gendarmerie
appartenante audit seigneur DELABORDE (…) ».

On y apprend que la ferme de la Gendarmerie est la propriété du marquis et que Jean BOUDET doit la tenir à ferme…Oh quoi ? Un bail à ferme qui doit trainer quelque part…affaire à suivre !

Le notaire rappelle que Jean BOUDET a acheté la grange en 1774 à Louis BOUDET qui en est devenu propriétaire par jeux d’héritages et de successions. Aucun lien de famille entre les hommes n’a été découvert pour le moment. Puis il annonce le montant de la transaction…

« (…) Outre cette condition cette vente est faite pour et
moyennant le prix et somme de six cent soixante douze
livres, en payement et pour être ledit seigneur DELABORDE
quitte et libéré deladite somme (…) »

Jusqu’à là me diriez-vous, rien d’anormal, c’est plutôt un acte courant voir banal…Oui mais…ajoutez à la somme du prix de la grange une charmante maison neuve aux frais de la Princesse…

Succède à l’annonce du prix, un autre joli cadeau…

« (…)a promis et c’est formellement obligé de faire construire
et édifier d’ici au premier juillet de l’an prochain mil sept
cent quatre vingt sept auxdits BOUDET et sa femme (…) une maison (…)».

Une maison qui semble très confortable, point de terre battue, de nombreuses
ouvertures laissant entrée la lumière, de jolies tuiles pour la couronner…le luxe!

« (…)une maison composée d’une
chambre chaude basse duement carrelée ayant entre oeuvres
dix huit pieds d’un mur à l’autre sur une face et seize
pieds aussy entr’oeuvrés sur l’autre face, de la faire
aussy bien et duement plancheyer avec un grenier aussy
carrelé et commode sur le plancher deladite chambre de
faire le tout crepis et enduire convenablement intérieurement
et extérieurement en mortier de chaux et sables. De faire
faire et vitrer plusieurs croisées et une porte vers la
cour et partie occidentale deladite maison. La rendre bien
fermante et claire ainsy que le grenier, de faire fournir
et employer générallement quelconque tous les matériaux et
choses de besoin ainsy que les ouvriers et mains d’oeuvres
pour ladite construction qui sera faite d’ailleurs en bonne
et solide maçonnerie de faire couvrir ladite maison
en thuile soit en forme de pavillon ou autrement
de manière que ledit grenier soit commode comme aussy
de faire faire les degrés et escalier qui seront de besoin
tant pour arriver à ladite maison par la cour actuele été
desdits bâtimens que pour monter et descendre et user
commodement dudit grenier ayant déclaré et déclarant
ledit LYON audit nom qu’il s’oblige d’habondant le tout
faire faire et parachever aux frais dudit seigneur
DELABORDE ce pour le payement et aquittement desdits
six cent soixante douze livres et sans aucune répétition
quelconque du plus, si plus coute ladite construction.(…)».

Monsieur le baron prend tout à sa charge, les matériaux et la main d’œuvre. Il semble qu’il ne soit pas en manque de cette dernière, des centaines d’ouvriers travaillent déjà à embellir son parc.

Cependant, si Jean BOUDET ne finance pas la construction de sa future maison, il est le propriétaire du terrain sur lequel elle sera bâtie.

« (…) sur un fond près et joignant des batimens et cour a eux
appartenant, situés à la Vallée-les-Méréville procèdant de
l’aquisition qu’ils ont déclarés avoir faite d’Etienne LESAGE
et de Marie BOUDET sa femme (cousine germaine de Jean) (…) ».

Il devra préparer le terrain sur lequel seront posées les fondations.

« (…)Est arrêté qu’à l’égard des terres qui conviendra d’oter
sur le coteau pour aplanir le terrein ou ladite construction
doit avoir lieu, elles seront fouillées et coledées aux frais
et de la part desdits BOUDET et sa femme qui prépareront
l’emplacement d’ici au premier avril prochain de sorte
qu’il y ait plus qu’à jetter les fondements et a batir
solidement ladite maison (…) ».

La maison sera construire entre le 1er avril,  jour auquel le terrain doit être prêt et le 1er juillet jour de la livraison de la maison.

La grange vendue semblait convoitée par le marquis, ainsi pour le remercier de cette vente, il offre à Jean BOUDET une coquette somme d’argent se montant à deux cent livres en plus du prix et de la construction de la maison. Mais pourquoi Monseigneur êtes-vous si bon ?

« (…) Outre l’obligation de la construction si dessus
ledit Sr LYON a présentement déclaré que lesdits
BOUDET et sa femme ayant fait une chose agréable
audit seigneur DELABORDE en luy vendant ladite grange
et terrein objets des présentes qui ne valent en rigueur
que le susdit prix convenu de six cent soixante douze
livres, il a été chargé de sa part de leur faire présent
en outre d’une somme de deux cent livres que
lesdits BOUDET et sa femme ont volontiers pris et
présentement accepté dudit Sr LYON en luy tenir cy cean
pour Monsieur DELABORDE leurs vive reconnaissance (…) ».

La vente de la grange est ici présentée comme une faveur. Le Marquis aurait-il voulu en plus du corps de ferme posséder l’ensemble des bâtiments qui lui étaient adjacents? Ce cadeau conclut-il des pourparlers entamés par les deux hommes depuis quelques temps ?

En lisant l’acte, ma première idée a été de penser que Jean-Joseph DELABORDE, en bon bâtisseur qu’il était, voulait étendre le parc de Méréville jusqu’à la Gendarmerie, celle-ci ne se trouvant qu’à quelques pas. Il semble être dans une crise d’achats compulsifs pour accroitre l’étendue de ses propriétés. Entre novembre 1784 et juin 1786, j’ai relevé dans le répertoire notaire de Méréville pas moins de 55 actes de vente pour lesquels Jean-Joseph DELABORDE est l’acheteur et une vingtaine d’actes d’échange de terres, et cela continu après. La vente de la grange et deux échanges avec Pierre BOUDET (en juin et novembre 1786) s’encrent bien dans une logique d’agrandissement et d’expansion du domaine et des terres du baron et vicomte de Méréville.

Pourtant une déclaration faite par le régisseur du Domaine au nom du Marquis et m’interpelle et me laisse perplexe…

« (…)Le cour des présentes deux expéditions a en
délivrer et droits auxquels elles donneront ouverture
seront payés et suportés par ledit Sr LYON audit nom
qui d’ailleurs a déclaré que ledit seigneur DELABORDE
entend jouir distinctement et séparement de ce que
dessus à luy vendu sans aucune réunion à ses
terres et seigneuries de Méréville et dépendances (…)».

Que voulait-il faire avec la grange ? Être propriétaire du corps de ferme ainsi que de la grange pour continuer a l’affermer ?

Cependant, Jean BOUDET veut s’assurer que cette somme d’argent ne soit pas un subterfuge pour faire oublier la construction de la maison.

« N’entendent les parties que ce présent deladite
somme de deux cent livres puisse en aucun cas
donner atteinte à la susdite obligation de construction
de batimens (…) ».

La ferme et la grange ne semble plus exister de nos jours au terroir de Gendarmerie.

La GENDARMERIE.png

Carte de Cassini et la vue aérienne actuelle

 

 

(1) AD91_2E34/9

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