F…Fonte de cloches #ChallengeAZ

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Le 11 octobre 1768, sont baptisés dans l’église de Méréville Philippe Antoine Gabriel Victor et Jeanne Magdeleine (1). Il ne s’agit pas de nouveaux nés, mais de deux nouveaux fondus. Philippe et Jeanne ne sont pas des enfants mais des cloches !

Elles ont pour parrain et marraine les seigneurs du lieux le Marquis et la Marquise DE LA TOUR DUPIN (non présents mais représentés) qui leur donnent leurs prénoms.
Le temps de gestation d’une cloche est plus rapide que pour un homme, il est d’environ  quatre mois…Ce qui nous ramène au 17 juillet 1768.
Ce jour-là (2), le curé et les marguilliers de l’église Saint-Père de Méréville convoquent, à la manière accoutumée des assemblées, les habitants pour obtenir leur consentement pour contracter une adjudication avec un fondeur parisien.

« (…) à la prière et réquisition de Me Jacques Alphonse SAVOURÉ
prêtre curé de la paroisse dudit Méréville et des sieurs marguilliers de l’œuvre et fabrique Saint Père dudit Méréville présentement en exercice (…)
se sont trouvés tant ledit sieur curé que
lesdits marguilliers et grand nombre des habitants de la paroisse
dudit Méréville, auxquels lesdits sieurs curé et marguilliers ont
représenté la nécessité qu’il y avoit de faire refondre la petite cloche du
clocher cassée depuis quelques tems en deux, ainsy que la seconde
cloche faisant partie qui sont actuellement dans ledit clocher
dépendans de l’église et fabrique (…) »

En convoquant les habitants, les marguilliers souhaitent les informer de leur projet et obtenir leur approbation.

« (…) qu’ils n’ont pas jugé à propos de faire aucuns marchés pour la fonte desdites deux cloches et d’entrés dans aucunes dépenses à cet égard sans
en donner avis aux habitans de ladite paroisse (…) »

S’ils sont responsables de l’œuvre et fabrique de l’église, les marguilliers ne sont pas les seuls décisionnaires. Toutes les décisions regardant la fabrique doivent se faire à l’humanité des habitants.

 «  (…) Représentants la plus grande et saine partie du général
des habitants de ladite paroisse, lesquels après avoir conféré
entr’eux et pour pouvoir faire que la sonnerie dudit clocher
soit convenablement disposée au moins autant bien qu’elles
étoit auparavant les accidents arrivés aux deux cloches dont
est question, estiment et sont d’avis et même consentent tous
unanimement que lesdits sieurs curé et marguilliers procédant
à une adjudication au rabais comme il est d’usage
dans ces sortes de cas lorsqu’il s’agit des intérêts de ladite
église œuvre et fabrique, pour la refonte des deux cloches
la moyenne et la petite et pour toute la dépense qu’il
sera nécessaire de faire pour après ladite fonte être les cloches
montrés et mises au lieu et place de celles dont il s’agit (…) »

Les paroissiens ne sont pas les seuls à qui les marguilliers et le curé doivent des comptes.

« (…)à quoy faire lesdits sieurs curé et marguilliers demeurent autorisés
même d’employer dans le compte qui sera rendu à ladite œuvre
et fabrique pardevant Monsieur l’archidiacre le montant de ce qui
aura été payé à ce sujet bien entendu que lesdits sieurs curé et
marguilliers préviendront Monsieur le Marquis et Madame la
Marquise DE LA TOUR DUPIN et de Méréville seigneur et dame de ladite
paroisse de laditte fonte pour sçavoir sur cela leurs intentions
comme cela s’observe dans tous les autres lieux vis à vis des
seigneurs, à quoy lesdits sieurs curé ont répondu qu’ils rempliront
autant exactement qu’il sera possible leur mission et leurs charges
afin que le tout se passe convenablement (…) »

L’archidiacre, qui administre subdivision d’un diocèse a droit de regard sur les activités des paroisses qu’il a en charge et doit ainsi être consulter par le curé qui lui rend des comptes.
Le rôle et la place des seigneurs locaux sont également mis en avant ; mais pourquoi obtenir leur assentiment ? Financent-ils en partie les travaux ? Est-ce un privilège de statuts/position sociale?

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Eglise de Méréville
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Le consentement  des habitants pris, le curé et les marguilliers peuvent passer dans la foulée aux choses sérieuses : l’adjudication de la refonte des cloches (2).

« (…) à la prière et réquisition de Me Jacques Alphonse SAVOURÉ
prêtre curé de la paroisse dudit Méréville, sieur Jean
BAGNOL maître chirurgien, Etienne THOMAS, Jean
CHAUMETTE manouvrier et d’Antoine TESSIER laboureur
tous demeurants en laditte paroisse, proviseurs et
marguilliers en exercice de laditte église œuvre et
fabrique dudit Saint Père dudit Méréville (…)
en conséquence de l’avis et consentement des habitans
de laditte paroisse porté par l’acte d’assemblée
de ce jour passé (…) devant le notaire susdit et soussigné
procéddé à l’adjudication au rabais de la refonte de la seconde et petite
cloche du clocher de laditte église qui se trouvent cassées
et hors d’état de pouvoir sonner et de s’en servir convenablement
et de toute la dépense qu’il faudra faire en cette occasion
pour parvenir jusqu’au point que les deux cloches nouvelles
qu’il faut faire faire soient remontées et placées comme il
appartient au lieu des deux qui sont à fondre (…) »

Mais qu’est-ce qu’une adjudication ?

Adjudication – Acte par lequel sont mis en libre concurrence soit des personnes qui désirent acquérir un bien meuble ou immeuble, soit des entrepreneurs qui s’offrent à prendre en charge des travaux ou des fournitures.

Le plus souvent, les adjudications sont faites au rabais, comme c’est le cas pour la fonte des cloches.

Adjudication au rabais – Mode d’adjudication suivant lequel les travaux, les ouvrages sont adjugés à celui des soumissionnaires qui s’en est chargé au moindre prix.

Ainsi, l’entrepreneur est mis en concurrence, pour obtenir le marché, il devra proposer le meilleur prix. C’est ce que semble avoir fait François LIMAUX, fondeur parisien qui remporte l’adjudication de la fonte. On ne sait cependant pas, si il y avait d’autres fondeurs en concurrence.

 « (…) auquel banc de laditte œuvre se sont aussy trouvés plusieurs habitans
de laditte paroisse, et le sieur Pierre François LIMAUX
fondeur demeurant à Paris rue et paroisse Saint Landry
les choses ainsy disposés, lesdits sieur curé et marguilliers
ont dit qu’ils alloient à l’heure présente procéder à laditte
adjudication (…) »

Si l’adjudicataire propose le prix le plus intéressant, il doit également remplir des conditions et donner des garanties aux adjudicateurs, sorte de cahier des charges.

  • Refondre correctement les cloches

« (…) Premièrement à la charge par l’adjudication fondeur
de refondre la moyenne et la plus petite cloche des
trois actuellement existantes dans ledit clocher comme
il convient et de donner à chacune desdittes deux cloches
les mesmes poids à chacun en leur particulier qu’elles ont
actuellement et de les rendre bien et duement faites
et propres à sonner et servir pour cet
effet comme il appartient garnir d’autant
qu’il est nécessaire et pour y attacher leurs battans
même le tout sujet à visiter (…) »

  •  Ne pas tromper sur la marchandise

« (…) Secondement de remplacer de bon métal celuy des
cloches qui tombera en déchet par la fonte, sauf à tenir
compte audit adjudicataire ou entrepreneur du prix de
celuy qu’il fournira et dont la quantitté sera constitué
par deux pesages, le premier des deux cloches à fondre et
le second des deux nouvelles cloches au prix de trente sols
la livre bon et parfait métal (…) »

  • Construire un atelier dans la paroisse

« (…) Troisièmement par ledit adjudicataire ou entrepreneur ou
fondeur de faire ou faire faire les fourneaux à ses dépens
et d’y employer les matériaux nécessaires dans l’endroit qui
sera marqué par lesdits sieurs curé et marguilliers par
laditte église et non ailleurs (…) »

  •  Bien travailler pour être bien payer

« (…) Quatrièmement indépendament desdits matériaux nécessaires
de ne point exiger aucuns payement du prix desdits
ouvrages et fournitures que la réception desdittes nouvelles
cloches ne soit faite, bien entandu que lesdittes nouvelles
cloches seront faite comme il convient concordante autant
qu’il sera possible tant pour le carillon qu’autrement (…) »

  • Graver les cloches

« (…) Cinquièmement de mettre les inscriptions sur lesdittes
nouvelles cloches que lesdits sieurs curé et marguilliers
luy feront mettre suivant les intentions de Monsieur Le
Marquis et de Madame La Marquise DE LA TOUR DUPIN et
de Méréville, seigneur et dame de laditte paroisse  (…) »

  • Donner toutes les garanties pour l’exécution

« (…)Sixièmement et enfin par ledit adjudicataire ou
fondeur pour la plus grande sureté des ouvrages et
entreprises cy dessus énoncés de donner si on l’exige
bonne et sufisante caution pour l’exécution de sa part
de laditte adjudication (…) »

 

Les conditions et obligations exposées, il est alors questions du prix fixé pour la refonte des deux cloches. On retrouve bien la publicité de l’acte, les travaux projetés ont été « criés », ce qui permet d’éviter tous conflits d’intérêts et de possibles réclamations ultérieures.

Le prix définitif a été fixé à 700 livres après d’âpres négociations entre les marguilliers et le fondeur.

« (…) Après quoy, lesdits ouvrages ont été criés par lesdits
marguilliers et ont été portés par ledit sieur LIMAUX
à sept cens soixante trois livres, à quoy lesdits sieurs
curé et marguilliers ont répondu que ledit sieur LIMAUX
portoit lesdits ouvrages et fournitures à un trop haut
prix, il a répliqué qu’il ne pouvoit réduire lesdits
ouvrages et fournitures au dessous de la somme à sept
cent livres à quoy lesdits sieurs curé et marguilliers
acquissant ont adjugé audit sieur LIMAUX ce acceptant
lesdits ouvrages et fournitures moyennant laditte dernière
somme à sept cent livres (…) »

Enfin les 700 livres seront payés en trois fois à partir de la réception des nouvelles cloches.

« (…) de laquelle somme en sera payé
celle de trois cens livres incontinent la réception desdittes
nouvelles cloches duement faite et le surplus en deux
payemens égaux, le premier dans le jour de Saint André
de la prochaine année et de dernier dans pareil jour de
l’année mil sept cent soixante dix sur leur quittances
dudit sieur LIMAUX (…) ».

 

Ainsi naissent et renaissent les cloches…

 

Nous retrouvons bientôt les aventures de Philippe Antoine Gabriel Victor et Jeanne Magdeleine et de leur papa, François LIMAUX.

 

A demain pour le G…Petit indice : Ils jouent du fléau…

 

 

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3 réflexions sur “F…Fonte de cloches #ChallengeAZ

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