C…Convention pour nourriture et logement #ChallengeAZ 2017

Elle avait 7 maisons. Anne VINET n’était pas une riche propriétaire mais elle a passé la fin de sa vie à changer de maison de manière régulière.

Rassemblée le 27 novembre 1764, la famille DESHAYEZ MAZURE, composée de 7 frères et sœurs ainsi que de leurs époux respectifs, délibère sur le sort de leur mère Anne VINET. Cette décision va prendre la forme d’une convention pour nourriture et logement (1).

A cette époque, point d’hospice pour vieillard ou de maison de retraite, cet acte notarié nous en dit un peu plus sur le sort et la fin de vie des anciens dans le monde rural au XVIIIe siècle.

Anne VINET est mon sosa 825 à la 10e génération, elle est née à Oysonville en 1698, fille de Sulpice et d’Anne ARGANT, elle se marie en 1713 à Sulpice DESHAYES, veuve elle épouse en 1723 Jean MAZURE. De ses deux mariages elle aura 10 enfants, 4 de son premier et 6 de son second, 8 enfants atteignent l’âge adulte se marieront, 7 sont encore en vie en 1764.

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Arbre de descendance d’Anne VINET (Hérédis 2017)

En ce mardi 27 novembre, ils sont tous présents : Sulpice DESHAYES manouvrier à Chalou la Reine (2), Jean RUZÉ demeurant au Creux Chemin paroisse de Chalo Saint Mars et Marie Anne DESHAYES, Georges DESHAYES laboureur à Chalou la Reine, Adrien MAZURE charretier à Chalou la Reine, Jean MAZURE laboureur à la Brigallerie (Brigoterie) paroisse de Moulineux (mon ancêtre), Claude RANDOUIN meunier à Ezeaux paroisse de Chalo Saint Mars et Catherine Elisabeth MAZURE et Jean TOURNEMINE meunier à Moulineux et Marie Marguerite MAZURE.

Deux fois veuve, elle demeure toujours depuis la mort de son second mari à Moulineux où elle vit certainement seule depuis que les uns sont partis travailler et que les autres se sont mariés. Alors à 64 ans, l’âge et le poids des années se faisant ressentir, il est certainement difficile de subvenir seule à ses besoins et les tâches du quotidien lui sont-elles trop difficiles.

Planning Anne VINET

C’est toute la question de cette convention : arrêter les conditions de l’entretien financier et mobilier d’Anne VINET par ses enfants.

«(…)fixer ladite pention par chacun an, en conséquence de laquelle assignation lesdits enfans et gendre de ladite VINET se sont assemblés ce jourd’huy pour délibérer et prendre les mesures convenables pour convenir et fixer ladite pention et fournir à leur mère les aliments et substances qui luy sont nécessaires (…)».

Mais certains de ses enfants sont-ils réticents à venir en aide à leur mère? La décision de s’occuper et de subvenir à ses besoins ne semble pas être prise sans contraintes. En effet, l’assemblée des enfants d’Anne VINET s’est faite par la voie judiciaire, quatre de ses enfants ont été convoqué par exploit et sur assignation.

« (…) Lesquels ont dit et déclaré que par exploit de FAUVET huissier royal à Estampes, en datte du vingt deux des présent mois et an deument controllé audit Estampes, laditte VINET auroit fait assigner lesdits Sulpice et Georges DESHAYES, Jean RUZÉ et sa femme, Adrien MAZURE a comparoir au premier jour d’audience pardevant Monsieur le Bailly de Moulineux (…) ».

Serait-elle signe d’une discorde au sein de la fratrie ou une simple procédure dans de pareils cas ?

La somme de la pension viagère semble avoir été fortement allégée, certainement à la suite de quelques discussions au sein de la famille, passant de 300 livres réclamées par Anne VINET à une somme plus modique de 120 livres, soit environ 17 livres par enfant et par an.

« ( …) qu’ils seroient tenus conjointement avec lesdits Jean MAZURE RANDOUIN et TOURNEMINE de luy payer pour se subsentater et alimenter une pention viagère de trois cent livres (…) »

« (…)Et ont déclaré lesdites parties que la pention alimentaire de ladite VINET peut monter par chacun an à la somme de cent vingt livres (…)».

S’il s’agit de la même rente dont il était question, pourquoi a-t-elle été divisée par deux ? La réponse est peut-être plus bas dans l’acte :

« (…) Sçavoir que laditte VINET consent par ces présentes de demeurer avec chacun de ses enfans et gendre susnommés de deux en deux mois alternativement a commencer de ce jourd’huy par demeurer avec Jean MAZURE l’un de ses enfans ci-devant nommé, chez lequel elle restera pendant deux mois, ensuite de quoy elle passera avec un autre de ses enfans à la suite l’un de l’autre où elle sera nourrie logée, couchée, chauffée éclairée, reblanchir et gouvernée et alimentée seine et malade pendant sa vie suivant son état et condition (…)».

En plus de subvenir financièrement aux besoins de leur mère avec une pension viagère, ses enfants doivent s’occuper quotidiennement d’elle jusqu’à son décès à raison de deux mois chacun. Loger leur mère chacun leur tour était peut-être un moyen de diminuer la rente annuelle que ses enfants versait et qui aurait servi en partie à payer un loyer.

Je me suis amusé à dresser le planning de garde d’Anne VINET, incomplet car je ne connais que le premier de ses enfants à en avoir eu la charge et le dernier, chez qui est elle décédée. En croisant différent acte, je devrais pouvoir combler les blancs.

Planning Anne VINET

Il est stipulé qu’en cas de décès d’un ses enfants, l’époux survivant n’aura plus la charge de sa belle-mère et qu’elle reviendra à ses enfants de manière équitable.

 « (…) que si quelqu’un ou plusieurs des enfans de ladite VINET décède pendant la vie de ladite VINET,le mary ou la femme de celuy qui décède qui sera gendre, ou brue de ladite VINET, ne sera point tenu par la suite de continuer ladite pention à sa belle-mère et au contraire en demeurera déchargé, et les autres enfans seront toujours tenu de ladite pention chacun à leur tour pendant deux mois (…) ».

 La convention tient également lieu de déclaration des meubles et effets d’Anne VINET.

delcaration de biens

Dans cette déclaration a effet d’inventaire avant décès, tous les meubles, vêtements et ustensiles sont inventoriés.

« (…) Déclare laditte VINET qu’elle a en sa possession, un bois de lit avec son enfonçement et écran, un tour de lit de serge verte, et les tringles de fer, un lit et son traversin garnis de leur coutils remplis de plume d’oye, un oreiller de plume d’oye, une couverture de laine verte, un vieux coffre fermant à clef, une mauvaise huche, une petite table ronde, huit draps tant bons que mauvais, douze chemise aussi tant bonne que mauvaises, deux corps de piqueurre, une juppe de demie ratine blanche, un juste, une juppe et un tablier d’étaminne noire, un tablier de breluche et ses habillements des jours ouvrables et son menu linge en coiffes passes et mouchoirs, un poislon de fer, un bassin quatre assiettes quatre cuillers d’étain, quatre fourchettes de fer (…)».

Un lit, quelques draps et quelques ustensiles de cuisine, voilà ce que trainerait Anne VINET de maison en maison jusqu’à sa mort :

« (…) lesquels meubles linges et effets appartiennent à laditte VINET et elle emportera alternativement avec chacun de ses enfans où elle demeurera (…) ».

Il serait intéressant de comparer cette déclaration mobilière avec un inventaire après décès, si il en existe un. Je pense davantage qu’elle vaut pour inventaire et qu’elle a permis au jour du décès d’Anne VINET de faire un partage équitable entre ses enfants et de s’assurer que rien n’avait disparu ou n’avait été dérobé.

Anne VINET est décédée à 84 ans, le 16 septembre 1774, à Moulineux chez son fils Adrien.

+ VINET

AD91_4E_0493 Acte de décès d’Anne VINET à Moulineux

Elle aura passé presque 10 ans de sa vie à passer de maisons en maisons situées dans trois paroisses, voisines les unes des autres. Tous ses enfants lui survivront et le planning de ses gardes demeura inchangé.

A la lecture de cet acte, j’ai ressenti une certaine tension au sein de cette famille, entre la mère et quelques uns de ses enfants. Existait-elle réellement ? La manière de rédiger l’acte et le style du notaire nous trompent-ils ? Le recours à l’organe judiciaire pour la convocation des membres de la famille n’était-elle pas une simple formalité ?

On ne le saura sans doute jamais mais si on veut être un peu plus objectif, quelque peu scientifique, on peut toujours penser que la famille DESHAYES-MAZURE vivait dans une parfaite concorde ou au contraire que la discorde animait les réunion de famille. Tout est possible !

 

(1) AD28_2E27/182

(2) Actuellement Chalou-Moulineux dans l’Essonne), la paroisse de Chalou-la-Reine a été fusionné à celle de Moulineux en 1791.

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