F…Fondation d’école #ChallengeAZ 2017

Il était une fois un petit seigneur beauceron, philanthrope et dévot, craignant la venue de la mort et en souvenir de sa défunte dame, offrit aux habitants d’une paroisse une école.

Le 28 décembre 1700 Denis LE BOISTEL écuyer et seigneur Châtignonville et d’Allainville (1) fonde devant notaire une rente annuelle et perpétuelle pour l’entretien et le logement d’un maître d’école pour instruire les paroissiens d’Allainville.

Cet acte notarial de huit pages nous en dit un peu plus sur le système éducatif à la croisée des XVIIe et XVIIIe siècles. Sur quoi ou sur qui repose la volonté d’éduquer la jeunesse et qu’apprenait-on à l’école sous Louis XIV.

Première et dernière page de l’acte

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Cet acte de fondation est murement et longuement réfléchit. Denis LE BOISTEL entretient déjà, à la date de la fondation, un précepteur pour la paroisse mais il souhaite que cela perdure après sa mort. C’est sous forme de dernières volontés qu’il expose ses intentions au notaire et celles de sa défunte épouse Antoinette PRO, décédée en 1690.

« Fut présente en sa personne Messire Denis
LE BOISTEL escuyer seigneur de Chantignonville, Allainville
et autres lieux demeurant ordinairement en son lieu
seigneurial dudit Chantignonville, lequel a déclaré que
depuis quelques temps il a contribué à l’entretien
d’un précepteur ou maistre d’ecolle quy a instruie et
continue actuellement à enseigner et instuire la
pauvre jeunnesse du village et paroisse dudit
Allainville, mais comme touttes les choses de
ce monde sont passagères et qu’il peut arriver que
cela cesseroit et ne seroit pas continué
perpétuellement ainsy que luy et deffunte dame
Antoinette PRO son espouze l’ont tousjours désiré
et après plussieurs reflexions par eux
sérieusement faites et que la dévotion qu’ils ont
tousjours eue pendant qu’ils ont esté ensembles
et qu’il a encore aujourd’huy soit et demeurant
ferme et stable et de son vivant exécutter entend
que luy et ladite deffunte dame son espouze ont
eue, quy est de fonder à perpétuité ou du moings
autant qu’il leur sera possible contribuer à la
fondation entretenement d’un précepteur ou
maistre d’escolle audit village (…) »

Au-delà d’une action généreuse et bonne, Denis LE BOISTEL ne voit-il pas dans l’instruction et l’enseignement des moyens d’extirper la population de sa condition ?

« (…) émeu et porté par la misère et pauvreté à laquelle sont réduits la pluspart des habitans de ladite paroisse d’Allainville causée
par le malheur de la guerre dernière et de la cherté
des vivres et les surcharges qu’ils sont contraints
de suporter journellement (…) ».

La guerre, l’inflation et l’imposition sont les maux qui frappent le village.

Pour mener à bien son dessein, il met à disposition de la paroisse un maître d’école, une
maison et une rente, pour loger et entretenir celui-ci.

« (…) ce que ledit seigneur de
Chantignonville et ladite deffunte dame son espouze
auroient aussy cy-devant communiqué à
vénérable et discrepte personne Me François
JACOB prestre curé de ladite paroisse d’Allainville
et aux marguilliers et paroissiens d’icelle qu’ils
auroient requis seconder leur intention et pour
y parvenir auroit offert une maison à eux
appartenante seize audit lieu d’Allainville pour
loger ledit Me d’escolle et un jardin avec la
somme de cent livres de rentre annuelle
et perpétuelle pour subvenir à la nouriture
logement et entretien du précepteur (…)».

La maison est située dans la paroisse d’Allainville et consiste en deux espaces couverts de chaume près de l’église avec un jardin de cinq perches. Quant à la rente annuelle de cent livres, elle sera payer tous les premier janvier et sera tiré des biens de la seigneurie.

Le choix du maître sera le privilège du seigneur jusqu’à son décès, ensuite c’est à son fils, Claude-Antoine LE BOISTEL, que reviendra cette tâche. A défaut d’héritiers, le prêtre et les marguilliers en exercice, sur avis des habitants, devront se charger de nommer un précepteur.

« (…) qu’ils entendoient choisir
et justifier pendant leur vie et qu’après leu
mort l’institution appartiendroit à Monsieur de
Chantignonville leur fils conseiller au parlement
et ses sucessions et venant à faillir sans
enfans ou en leur absence considérable
ils donnoient pouvoir et permission ausdits
sieurs curé et marguilliers dudit Allainville
présents et advenir par l’advis des paroissiens
dudit lieu de nommer et comettre un personnage
devot suffizant et capable pour cet effet
et de l’instituer ou destituer touttes fois et
quand et ainsy que bon leur semblera (…) ».

Le maître d’école devra faire preuve d’une qualité principale et essentielle, la dévotion : « pour instuire la pauvre jeunesse dudit lieu en la crainte de dieu obéissance et observation de ses saints commandemens », cette formule se retrouve à deux reprises,  tout au long de l’acte cette dévotion est exacerbé « nommer et commetre un personnage devot suffizant et capable », il devra « devostement instruire » les enfants.

En signe de celle-ci, il devra être très assidu aux différents offices célébrés : « ledit précepteur ou maistre d’escolle tenu d’assister aux messes parroissiales et aux offices de l’esglize et porter chappe ainsy que lesdits sieurs curez le jugerons bon ».

Entretenir, loger un homme dévot, oui mais pourquoi ? Enseigner et instruire ? Oui mais quoi ?  Deux missions d’enseignement seront confiés au maître d’école :

  • L’apprentissage intellectuel avec l’enseignement de la lecture et de l’écriture :

« leur montrer et enseigner les lettres latines et françoises, l’art de l’escriture, du chant de l’église »

  • L’apprentissage spirituel, il devra avant tout fait le catéchisme, c’est là que la qualité requise pour le poste est importante!

« louables exercices et précepts chrestiens et cathéchiser les jeunnes enfans »

Ces deux apprentissages seront répartis sur la journée et celle-ci se finira par les offices et prières…beaucoup de prières, à chaque jour sa prière.

« (…) s’occupera tous les jours depuis le matin jusques
à midy et depuis l’après midy jusques au soir a
l’heure du salut, auquel il sera tenu conduire lesdits
enfans ses ecolliers en ordre et avec grande
modestie depuis son ecolle jusqu’à l’églize et
la chanter le salut selon l’usage et ordre de l’églize
avec l’hymne Veny Creator Spiritus et
autres prières accoustumée convenables aux temps
suivant qu’il se pratique présentement, savoir
chascun jour de mardy les litanyes du St Nom
de Jésus, le jeudy celles du très St Sacrement
le vendredy celles de la Passion de Nostre
Seigneur et le samedy et autres jours de la sepmaine
celles de la très Ste Vierge et tous les vendredys
le pseaume Misereré après les litanyes et le
pseaume De Profundis et autres prières et oraisons
accoustumée à la fin du Salut et à la fin d’icelles
prières dire bassement un Pater et Ave Maria
à l’intention dudit Seigneur et de ladite deffunte dame
son espouze et pur le repos des ames de leurs
parans et amyes fidèles trepassez (…) »

 Denis LE BOISTEL termine d’exposer ses dernières volontés, à la fin de l’acte, en fondant une autre rente de cent sols (soit cinq livres) qui sera destinée à financer les réparations et l’entretien de la maison du précepteur. Cette rente ne sera active que le jour de la mort du seigneur, jusqu’à ce jour, ce sera le seigneur lui-même qui s’occupera du financement des travaux à faire.

«  (…) à a esté convenu et accordé que ledit seigneur fondateur employera luy mesme sa vie durant les cent sols de rente dessus aux réparations quy seront nécessaires faire à la susdite maison en question sans que pour ladite tenu en rendre aucun compte ny aucun autre peyment pendant sa vie (…) ».

En contrepartie, le seigneur souhaite qu’aux prières à son intention et à celle de sa femme s’ajoute pour leur souvenir une épitaphe gravée dans le marbre dans l’église d’Allainville…pour l’éternité…petit excès d’orgueil Monseigneur ?

« (…) pour mémoire et marque perpétuelle de la
présente fondation lesdits sieur curé et marguilliers
ont consenty et consentent par ces présentes que
ledit seigneur fasse mettre et apposer dans ladite église
d’Allainville en tel endroit qu’il leur plaira hors
l’autel une inscription et épitaphe, soit en cuivre
ou marbre, contenant en sommaire la présente
fondation (…) ».

Ce petit trésor d’histoire locale nous laisse encore quelques zones d’ombre. En réalité, l’acte ne nous apprend rien sur le lieu où se dérouleront les leçons, dans la maison qui lui est concédé, dans le presbytère ? Il est juste fait mention « de son école » sans plus de précisions. Qui a accès à l’école ? Garçons et filles ? Y-a-t-il des conditions particulières à remplir ? Qui est le précepteur en place en 1700 ?

Denis LE BOISTEL meurt en 1707, son fils Claude-Antoine LE BOISTEL DE CHASTIGNONILLE, l’année précédente. Les dispositions qu’il avait faites en 1700 seront-elles respectées ? Un maître d’école est-il en place ? Le curé et les marguilliers sont-ils en charge de la nomination du précepteur et de la rente ?

(1) Allainvile et Châtignonville sont deux communes situés dans le sud des Yvelines
actuelles, on considère qu’elle font parties de la Beauce.
Pour la généalogie LE BOISEL, site d’Etienne PATTOU sur la noblesse locale.

 

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